Les aventures de Spermula, 3e partie

Spermula’s sweet home

Et c'est à eux que je dédie cette histoire, blablabla, blablabla


Spermula avait gagné un petit pactole par on ne sait quels inavouables péchés et s’était acheté une maison de dix pièces agrémentée d’un petit parc qui jouxtait une forêt. Bref, Spermula bucolisait depuis que Phil le Banquet l’avait chassée de son antre.

Je m’arrête un instant, car je sens le lecteur un tantinet inquiet : nom di diou, on va pas s’taper la Spermulette gambadant dans la forêt derrière les p’tits zoziaux et cueillant des fleurs pour s’tresser des couronnes ? Ce à quoi je répondrais : minute, je plante le decorum. Ça se fait, en littérature, chié alors.

Spermula organisait une grande fête. Nocturne, cela va sans dire. Une folle nuit blanche pendant laquelle tout serait permis. Oui, tout, parfaitement. Elle avait invité (elle compulsa son calepin de casting) Phil, bien sûr, dont elle était toujours secrètement éprise, enfin c’est-à-dire qu’elle comptait bien se le retartiner une dernière fois, Ysab, Grodeg, Robert, Gilles pour la brochette masculine. Nymphéa, Annabelle et Carla côté gente vaguement féminine.

Ellipse.

On va pas s’truffer l’arrivée des invités, les politesses etc. Non, passons directement dans le salon, quelques heures plus tard. Vous remarquerez l’absence de Nymphéa, mais pas de ses fringues griffées par YSL, jetées de-ci de-là. A peine arrivée, elle s’était déshabillée et jeté sur grodeg. Lequel, un peu gêné malgré ses airs d’y toucher graveleusement, avait tenté maladroitement de la repousser, puis reculé, reculé et, à l’heure présente, il courait dans la forêt, poursuivie par une nymphe en furie extatique.

Possédée par le démon orgiaque et épuisée par des années de mariage, Annabelle comptait bien exprimer enfin ses fantasmes inavouables que son époux était bien incapable de réaliser. Elle bêlait délicatement dans un coin en lorgnant Ysab, venu en tenue de pompier, sexy comme un dieu d’Créteil. Robert, accoudé au bar, en était à son 8e pastis.

Spermula, parfaite hôtesse, assurait le service en tenue spermuléenne (qu’est-ce qu’une tenue spermuléenne ? Z’avez qu’à réviser les épisodes précédents). Elle matait le Phil, l’écume aux yeux. Lui, vautré sur un sofa telle la larve qui sommeillait en lui, picolait tranquillement, camisolé aux spatchs.

En gros, le service sexuel ne semblait assuré pour personne.

Personne ? Pif paf pouf, refaisons les comptes. Spermula compta sur ses doigts, feuilleta son calepin… Et oui, il manquait bien Gilles et Carla. Oh, ne vous inquiétez pas, ils étaient bien arrivés, Carla avait commencé par distribuer quelques baffes à Annabelle, avant d’moucher l’banquet. Mais depuis, nenni.

Spermula décida de partir à leur recherche. Personne dans les chambres, elle soupira, elle qui les avaient imaginées débordantes de cris sulfureux arrachés aux limbes du plaisir. Tiens, ça voulait dire quoi cette phrase ? Elle haussa les épaules, et passa dans les salles de bains, la cuisine, les combles, le grenier, rien de rien, personne.

Et soudain, elle les aperçut, sur les marches de sa terrasse. Nus endiablés enchevêtrés ? Nan, devisant tranquillement, sous la lune argentée et les étoiles empapillonées. Spermula s’approcha furtivement : peut-être échangeaient-ils des propos scabreux ? Elle entendit des bribes de phrases, auxquelles elle ne comprit rien : temps suspendu… file trop vite… blablabla… Pas le discours de Carla, ça. Soudainement soupçonneuse, elle se planta devant eux et… :

- Mais… mais… t’es pas Carla !
- Fine observatrice cette Spermula, répondit Val. J’ai bien fait de l’inventer, elle vaut au moins deux Boris.
- Où est passée Carla ?
- Elle est partie lancer les tracts qu’elle a gravés sur des cailloux.
- Bon, y en a au moins une qui s’amuse.. Parce que vous, ça a pas l’air ça non plus.
- T’es pas romantique, toi, rétorqua Gilles.

Pfff, ce qu’ils étaient chiants ces deux-là. Spermula s’éloigna, à la recherche de son Phil, bien décidé à le violer sinon la soirée allait vraiment être top mortel grave. Au loin, venus de la forêt, des cris résonnaient :

- YOUOUH PITI Groooooodeg ! T’es oooooù ? Mon grodeguichou à mooooooi !

Rien de nouveau sous la lune, koa.

Mais du salon, la bête s’était envolée. Il ne restait qu’Annabelle, les seins nus gonflés de désir et accessoirement de lait, ou réciproquement dans le contraire, dansant devant Robert et Ysab, qui fêtaient joyeusement leur 7e bouteille. Annabelle s’énerva : elle leur faisait autant d’effet qu’un verre atrophié. « Bon vous faite koa la !!! Oh risque de passer pour parano en + de schizo et somnanbule ! je fai tou pour vous plair et vous ben voila et pis cé ki don vous parlé, bouteille.vide.com ? »

Bouteille vide ? Déjà ? Voilà qui expliquait l’absence du Banquet, sans doute parti fouiner côté cave. Spermula se dirigea nonchalamment, la hanche aguicheuse, vers l’escalier. Noir.

Il était bien là. Debout sur une chaise. En train d’ajuster une corde autour de son cou. « Si tu cherches à faire un nœud de cravate, t’as encore tout faux », précisa Spermula. Il ne répondit pas. « Bon allez, descend de là, et hop, prend-moi ». Toujours aucune réaction. Un tantinet agacée, elle se frotta contre lui. Néant. Juste une pointe d’irritation face à la résistance de la corde. Spermula haussa les épaules et s’éloigna :

- Ok, t’as raison, pend-toi, ça te fera au moins bander quelques instants.
- Spermula !»

Spermula se retourna. Val était là, un stylo à la main, un air décontenancé au visage. « C’est pas moi qui t’ai fait dire ça, comprends pas, ça t’est venu comment ? » Spermula fronça le museau, mais rien ne se passa plus haut.

- C’est moi, ricana Carla, perchée sur un tonneau. Pas ma faute, j’suis vénère, j’viens d’apprendre un truc, me suis fait avoir comme une bleue. - On s’en tape de tes nerfs. J’pige toujours pas, puisque toi, t’es un bout d’moi.

Un vol de schizos passa (et ça fait étroit pour une cave).

- Hin ? fit Robert qui passait par là se refaire une perfu d’st-mimil
- Pareil que lui, opina Spermula.
- Carla, c’est une de mes personnalités, expliqua patiemment Val.
- Ah, fit Spermula. Avant d’ajouter : et avec moi, c'est quoi notre lien de parenté ?
- Aucun, je t’assure.

Spermula se tourna vers Carla.

- Pareil. Rien de rien. Même pas cousines éloignées.
- Mais si Carla c'est un bout d’toi, tu pourrais p’têt conclure avec l’Gilles ?
- Nan, parce qu’elle s’affronte avec d’autres personnalités. Bref !
- Comme tu dis, émit le Phil, qui se déhanchait, faisant des cerceaux avec sa corde. Qu'est-ce que je fais, maintenant ?
- Ah oui ».

Val recula d’un pas, prit son stylo et écrivit :

Phil descendit de sa chaise et culbuta Spermula, ahanant sauvagement. Soudainement, il s’interrompit et redressa la tête :

- Attend, c'est pas cohérent ton histoire, y a deux minutes j’allais me pendre et…
- Ouais mais faut bien accélérer le processus, si on attend qu’t’aies envie, ça va l’faire en 12 encyclopédies. Et après tu vas râler que j’écris trop long.
- Ah ok.

Il se remit à l’ouvrage, et on lui en sied gré.

Quand il eut terminé, il s’ébroua joyeusement en allumant une clope :

- waah, merci Val, ça fait du bien !
- Eh, chouigna Spermula, c'est moi que tu viens de…
- Ouais, mais c'est Val qui m’a filé une clope.

Spermulette, guillerette, se releva, et décida de s’occuper de ses hôtes. C'est qu’elle avait pris des Lettres, la Spermu, depuis sa première odyssée. Dans un coin du salon, Ysab et Rob’, vitrifiés. De l’autre côté, Annabelle ânonnait des phrases qu’on comprend toujours rien.

Spermula soupira, et sortit. Dehors, la routine : Gilles et Val.

- Ça n’avance pas beaucoup non plus par ici.
- J’suis marié, fais pas chier, rima Gilles, un brin énervé.
- Ça n’a jamais empêché personne de butiner, répliqua Spermu.
- Et puis de toute façon, Val est amoureuse.
- Ah bon, de qui ?
- Elle sait pas encore.
- Poï poï poï, ça a pas l’air de s’arranger ses troubles spatio-temporels.
- Carla, arrête de souffler les répliques à Spermula, râla Val.
- Hey, fit une voix tombée du ciel, faut bien que je m’occupe du scénar’ pendant qu’tu roucoules.
- Et arrête de te prendre pour Dieu, aussi, tant que tu y es.

Au loin, dans la forêt, retentit le brame final (non Carla, c'est juste le brame qui est final). Grodeg, enchevêtré sous une Nymphéa déchaînée, avait succombé.

Spermula se tourna vers Val :

- C'est fini ?
- Pas tout à fait.

Val se pencha vers Gilles, et l’embrassa. Pas sur l’épaule, mais sur la bouche, un p’tit baiser tout doux, un brin pour le taquiner, un brin pour titiller sa p’tite brune (et toc, applaudit Carla), un brin parce que ça lui faisait plaisir.

- Voilà, maintenant j’ai terminé ce maudit pari.
- Et c'est la fin de mes aventures ? Qu'est-ce qui va se passer, maintenant ? Je vais disparaître ? Un peu triste, non ?
- Comme toutes les histoires qui finissent, Spermu.
- Et… si… tu vois… si ça faisait un Nobel ?
- Aucune chance avec toi. Mais contente de t’avoir connue, Spermu.
- Et qu'est-ce que tu vas faire de tout ce décor ?
- Quel décor ?

Val claqua des doigts, et tout disparut, la villa, le parc, la forêt, les zauteurs, les vrais, les faux, passant de l’autre côté de l’écran, là d’où ils lisent cette histoire à cet instant. Avec leurs pseudos imaginaires, blottis dans un recoin de leur esprit, prêts à s’évader à chaque instant.

Rideau ?

Ce n’est pas le rideau qui tomba mais, bien sûr, un pavé de Carla.


Valérie Bezard.

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


Accueil
Accueil
Les éditos
Les éditos
Les textes
Les textes