Les aventures de Spermula, 2ème partie
C'était l'anniversaire du Banquet, comme elle aimait à l'appeler affectueusement. Spermula sautillait de joie, elle lui avait préparé une surprise et était tout excitée en imaginant le cortège de délices qui se peindrait sur le visage de son bien-aimé. Depuis leur rencontre licencieuse dans le château, Spermula avait emménagé chez lui et leur vie avait changé. Pour lui, finies les longues plages de solitude et de beuveries entre désespérés chantellois au teint cuiteux. Pour elle, terminées les chasses incessantes au sein des couloirs sombres du château, un fouet à la main. Elle l'avait remplacé par une quenouille et filait chaque jour son parfait amour.
Spermula, qui ne fichait rien de la journée, s'affaira en fin d'après-midi, peu avant le retour de son dieu vivant. En entendant sa voiture se garer, elle s'observa dans le grand miroir de l'entrée et soupira de satisfaction. Tout était prêt, et elle se trouvait magnifique, totalement transformée.
Le Banquet pénétra dans son home et jeta un œil morne à sa dulcinée. Chaque soir, la même question lui venait à l'esprit : pourquoi avait-il abandonné Karine et accepté de partager sa vie avec cette… Aucun adjectif ne lui venait à l'esprit. Oh, pourquoi, il le savait au fond, l'appel du Grand Rut, qui lui avait tout fait renier, son amour, ses amis, et même sa bibine. Il regrettait amèrement. Non pas d'avoir tout abandonné mais d'avoir tout abandonné pour un Grand Rut qui n'existait plus. Spermula s'était métamorphosée en serpillière domestique ayant fusionné avec une robe de chambre et fleurait continuellement le bœuf bourguignon ou la brandade de morue. Elle s'était aussi lancée dans la culture, lisant Femme Actuelle et Guy Descars. Bref, elle était devenue aussi pornographique qu'un croisement entre Mireille Matthieu et Bernadette Chirac. Ce soir, comme tous les soirs, elle était vêtue d'une longue jupe à grands carreaux et d'un chemisier aussi affriolant qu'un rideau de douche. Il soupira et alla s'asseoir dans son fauteuil, allumant la télé. " Pantoufles ", beugla-t-il. Aussitôt, Spermula apparut, tout sourire, avec les pantoufles en question et un air étrange qu'il ne lui avait pas vu depuis bien longtemps : elle semblait excitée. " Je t'ai préparé une surprise pour ton anniversaire ", babilla-t-elle. Il l'observa et son intérêt se réveilla soudainement. Sous ses abominables fringues, il vit la tenue made in cuir qui l'avait tant émoustillé. Ou peut-être des sous-vêtements rouges. Il tendit la main. Elle recula, mécontente. " Eh, tu ne penses qu'au sexe ", gronda-t-elle. Le bras du Banquet retomba comme un vieux ressort décharné. Spermula ouvrit un placard et en sortit un très long paquet étroit. " Bon anniversaire, mon chéri ", gazouilla-t-elle. Un fouet ! C'était un fouet, il en était certain. Un espoir insensé grandit en lui aussi vite que son priape : elle lui jouait la comédie depuis un mois et allait enfin revêtir sa vraie personnalité de sauvage sexuelle. Elle s'était volontairement bridée pour le mener au paroxysme de la frustration et de l'excitation. Il se leva, et se précipita sur le paquet, arrachant le papier cadeau puis le carton d'emballage aussi vite que ses bras gourds le lui permettaient. Ô bonheur, c'était long, c'était fin, c'était dur, c'était… une canne à pêche !! Elle lui offrait une canne à pêche ! Elle battit des mains comme une gamine de trois ans tandis qu'il retombait sur son fauteuil telle une girafe soudainement invertébrée. Il lui fallait absolument trouver un amant à cette nonne aussi érotique qu'un panneau indicateur. Dur challenge, vu l'état de la pauvrette, mais le prix de sa liberté était là.
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Un petit commentaire pour le zauteur...
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