Si je pouvais le tuer
Je n'arrive plus à avancer, je suis coincée. J'essaie de bouger, mais la voie est bloquée. Derrière, l'autre tente de me pousser et commence à paniquer. Moi aussi, je me sens oppressée, mais rien ne sert de s'agiter, mieux vaut attendre. J'évite de penser qu'il fait sacrément noir dans ce tunnel. Je me concentre sur l'autre, qui m'énerve tant, depuis que je le connais. Egoïste, infantile, immature, narcissique. Il se sert toujours le premier. Prend tout l'espace. Parle sans arrêt de ses angoisses. Me demande sans cesse de le rassurer en lui donnant mon avis sur son cas. J'évite de répondre qu'il me paraît désespéré. J'attends de sortir pour être enfin débarrassée de ce poids mort. Ça y est, je glisse à nouveau. Lentement, mais je sens la fin proche. Il fait atrocement chaud, je suffoque un peu, enserrée dans cette masse gluante. Cela dure longtemps. Je ne sais pas si l'autre va survivre à ce voyage, il ne me semble pas très résistant. Surtout, son anxiété doit le laminer. S'il pouvait y rester, tant mieux. J'aperçois la sortie ! Je rampe. C'est dingue ce que je souffre tellement l'effort est violent. Enfin, de l'air ! Mais qu'est-ce qu'il fait froid ! Des visages à moitié masqués me fêtent en me tripotant joyeusement. Attendez de voir l'autre, vous rigolerez moins. Zut, le voilà déjà, c'était plus simple en passant derrière moi. Il hurle comme un porc qu'on égorge. Les visages cachés reprennent le même protocole d'accueil. Epuisée, je me désintéresse de la situation. Nos hôtes s'en aperçoivent et m'installent dans un lit. Horreur, ils mettent l'autre près de moi quelques instants plus tard. A mon réveil, le lit a disparu. Hélas, pas l'autre : il est en face de moi, contre un sein, et tète avec son air de veau. Ecœurée, je me décide malgré moi à en faire autant. Vite, que je grandisse, pour fuir cette face rougeaude et ahurie.
Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
![]() Accueil | ![]() Les éditos | ![]() Les textes |