Où ai-je mis mes phéromones ?


Vous connaissez peut-être le racolage des Galeries Lafayette, rayon épicerie (de luxe, bien sûr) ? Pour ceusses qui ne suivent pas cette actualité palpitationnante, il s’agit de favoriser la rencontre entre les âmes esseulées certains soirs de la semaine. Les célibataires aspirants à la rencontre entre deux brocolis et trois vieilles crevettes se munissent d’un panier rose (ou mauve, chepu).

Ridicule.

Moi, j’ai trouvé mieux. Et moins cher. Tout à fait par hasard.

Monoprix, mardi, peu après 18h.

En général, quand je fais les courses, ou même dans la rue, j’ai un radioguidage qui me permet de me rendre d’un point A à un point B, mais je ne suis pas vraiment présente, plutôt évaporée dans des pensées, rêvasseries, ou encore en conférence interne avec mes personnalités multiples.

Là, je ne sais plus où j’étais, mais le radioguidage s’est interrompu, lançant une alerte verte à tous les neurones présents.

C'était pas comme d'habitude.

Il y avait un p’tit quelque chose d’inhabituel, un fond d’atmosphère légèrement décalé.

Des zhommes. Des hommes partout.

Là, je sens que le lectorat masculin s’affaiblit. Pff, kesk’on en a à taper des keums, nous cki nous intéresse, c'est les mères de famille au squèère.

M’en fous complètement du lectorat.

Donc je poursuis. Des hommes à n’en plus finir, des bataillons d’hommes entiers débarqués chez Monop’. Wonderfuuuul ! Mieux : non accompagnés. Enfin si on omet les gnomes gigotant qui dans une poussette, qui dans le caddie, qui tout autour en braillant des « tu m’achètes ça pôpaaaaa » à n’en plus finir.

Des pères, quoi.

Le radioguidage se mit en berne, et les sens s’allumèrent pour clignoter de partout. Miam, y en a bien que je détournerais du droit chemin, mouaaaa… C'est là qu’un autre système interne se lança. Rentrée des données : monop’, 18h et des poussières, pères, mardi soir. Tip tap top, analyse, bzzuiing, sortie du résultat sur fichier non compressé : pères célibataires/divorcés/séparés récupérant enfants à la veille du mercredi.

Nom di diou ! Tout ça pour moi ? C'est la fête des prix à Monop’ !

Radioguidage en panne, je vacille légèrement, slalome entre les caddies, paniers, nains d’appartement. Pfuit, télescopage discret, sourire, catapultage de phéromones, re sourire pour voir ce que ça donne, courses, arrivée aux caisses. Mon dieu, aidez-moi, laquelle choisir, y en a partout, c'est magnifique ! Longue attente à chacune, pour une fois que ça sert, merci Monop’.

Sourires très légers, observations discrètes des parties en présence, tandis que les gniards s’agitent, frisant la révolte. Bien sympathiques, finalement. Réactions des pères, mmmh, intéressant, un p’tit élan autoritaire de l’un d’eux, juste ce qu’il faut, oh oui, oh ouiiiii, hum, bref.

Abordage. Mais non il ne me dérange pas, il est plutôt mignon (il ressemble à sa mère pour être aussi moche ?), et patati et patata.

Et là, tu ressors avec une liste de numéros de téléphone aussi longue que ta liste de courses (forcément, à y passer autant de temps, faut bien consommer un peu).

Demain, c'est décidé, je vais à Bricorama. Tention, hein, pas à 14h, y a sans doute que des p’tits vieux raccourcis ou des chômeurs racornis.

Mouais, mauvaise idée, finalement j’irai chez Toy's'r'us, tous les pères culpabilisés doivent s’y ruer.


Valérie Bezard.

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Un petit commentaire pour le zauteur...


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