Mon fantôme
Ce matin, je me suis vu passer dans la rue. Où pouvais-je donc aller de si bonne heure ? Alors je me suis suivi. Mon je marchait rapidement, mais d'un pas parfois incertain. Il ne regardait rien autour de lui, seulement le bitume. Il a pris le métro, puis a été englouti par une grande tour. Dedans, c'était triste et résigné. Mon je échangea quelques rires avec des collègues, alluma son ordinateur, décrocha son téléphone, s'agrippa à sa souris, but un café, griffonna en réunion, alla manger. Rien d'original, mais il semblait s'en sortir. Comme tout le monde, ni plus, ni moins. Je l'attendis à la sortie, en humant l'odeur du ciel. L'horizon était barré à l'infini par des immeubles, des pots d'échappement, des rafales de bruit, des trombes d'agitation.
Mon je reprit le métro, fit quelques courses, rentra chez lui. Je ne me souvenais plus s'il vivait seul ou non, s'il avait des enfants, un chien, une seringue pour oublier tout ça. Mais je savais qu'il avait la télé, la radio, des magazines, des livres, des vacances, et que tout cela ne lui servait à rien. Il avait des rêves enfouis sous la poussière, des cauchemars, parfois, qui l'oppressaient, mais dont il ne gardait aucune trace, tout du moins en surface.
Je décidais de m'évader. De l'abandonner là, maintenant, toujours. De laisser choir au sol cette ombre pesante et liquéfiée en elle-même. Et je suis parti loin, si loin de lui.
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Un petit commentaire pour le zauteur...
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