Ligne de flottaison


Elle flottait comme une bulle, écrasée d'inconsistance. Côté pile : le jeu de rôle, le masque social, poli, rieur, mutin. Les occupations, le quotidien. Le travail, la santé, la patrie, les enfants, le mari. L'amant. Les voyages, les vacances, les amis, les sorties. Le cinéma. L'art. Les écrits. De quoi remplir une vie.

Et pourtant.

Côté face, l'inconsistance, le vide, l'inanité. L'ennui qui colle de sueur. Tel un wagonnet solitaire, rien ne la raccrochait au monde. L'amour, les relations, les discussions à l'aube enfumée ne parvenaient plus à l'arrimer. Toujours une distance, un voile brumeux. Elle riait, plaisantait, amusait, se noyait dans des flots de paroles. Mais rien, il ne se passait plus rien. Elle manquait d'ancre, ne se sentait plus en prise avec l'univers, n'avait plus d'emprise. Elle flottait, aspirée par sa lourdeur. Ondoyait sous terre. Toujours un sourire aux lèvres. La politesse du désespoir. Rien, rien ne justifiait cette désespérance, cette vacuité, ce vague à l'âme. Tout pour être heureuse. Rien qui ne permettait de l'être vraiment, malgré ses efforts.

Elle décrochait, tel un wagonnet oublié au fond de la mine. Elle avait perdu la fenêtre, celle qui la ramenait au monde quand elle chavirait. Le sentiment d'avoir tout épuisé, les moindres parcelles, les plus infimes sources. Seule la redite l'attendait. Le désert croissait chaque jour. Petites graines de sable qui l'ensevelissaient lentement.


Valérie Bezard

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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