Le mendiant


Messieurs-dames, bonjour. Excusez-moi de vous déranger pendant votre parcours, alors que vous n’êtes même pas bien réveillés, que, peut-être, vous avez passé une mauvaise nuit, que vos enfants n’ont pas cessé de vous réveiller, que votre conjoint ne vous a même pas embrassé avant de s’endormir, ou que vous êtes seul, si seul, que cela vous tient en insomnie. Peut-être aussi que votre vie vous permet à peine de tenir debout, que vous manquez trébucher souvent, si souvent, que tous vos gestes sont régis par un automatisme et que, sans cela, vous ne vous lèveriez ni le matin, ni l’après-midi, ni plus jamais.

Peut-être aussi tremblez-vous à chaque instant, légèrement, insidieusement, sans vous en apercevoir, de froid, de vide, de désespoir. Peut-être avez-vous faim, comme moi, faim d’un regard, d’un sourire, de n’importe quoi qui ressemble à un vague signe vous reliant aux autres, même un bref instant.

Peut-être même songez-vous à mettre fin à toute cette absurdité, et que je suis la dernière personne qui s’adresse à vous.

Aussi je vais passer parmi vous vous offrir un sourire. Que ceux qui se sentent heureux m’en allouent un à leur tour. Pour qui ne se croit pas malheureux, un regard suffira. Merci, et aussi bonne journée que possible.

Le mendiant traversa la rame, et ne recueillit que quelques larmes.

Il descendit, se dirigea vers l’ombre noire, et lui indiqua l’endroit : je crains qu’ils soient tous déjà à toi.


Valérie Bezard.

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