Fidèle compagnon


Il la suivait partout, plus fidèle qu’un affreux clébard. Dès qu’elle entrouvrait les yeux, la pensée trébuchante, il se saisissait d’elle. Elle partait travailler, il la suivait dans le métro, les couloirs, les rues froides. Au pied de l’immeuble, il la laissait enfin : elle était très prise par la pile de dossiers qui grimpait de jour en jour vers un quelconque firmament. Mais parfois, quand son esprit se libérait pour quelques instants et que son regard s’échappait vers l’horizon barré de tours grises, il la rejoignait immédiatement. Jamais de véritables répits. Qu’elle sorte déjeuner seule ou rejoigne des collègues, il l’escortait.

En début de soirée, elle faisait parfois quelques courses, lançait une machine à laver, prenait un livre, entrait dans une salle de cinéma, rejoignait des amis, tentant de l’ignorer. Mais il était là, toujours, prenait toute la place, à chaque instant, et rien ne la distrayait vraiment de son écrasante présence. Seuls ses soucis l’éloignaient. Mais se préoccuper de son père, isolé en maison de retraite, ou des tracas quotidiens au travail n’était guère plus amusant que son invasion obstinée.

Elle savait qu’elle était condamnée à finir ses jours avec lui. Quoi qu’elle entreprît, son vide intérieur l’aspirait chaque jour davantage.


Valérie Bezard

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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