Eternelle renaissance
Je suis mort depuis longtemps, coincé entre deux firmaments. Il n'y a rien de plus à faire ici. J'attends. J'attends de recevoir le feu vert pour redescendre à nouveau sur cette fichue terre. Redevenir cellule et enfler, enfermé dans un corps qui tentera de m'assassiner ou me susurrera des mots gluants d'amour en attendant de m'emprisonner entre ses bras. Revivre ce cauchemar de la mise au monde, cette mise à mort. Et puis grandir, vitrifié dans une famille qui dégorgera sur moi toutes ses névroses. Ensuite, tenter de réparer. Se frotter aux autres pour faire la peau à de vieux démons. Parler, toujours parler, parler comme preuve d'existence, parler pour masquer qu'on n'a rien à dire. Et le néant qui répond comme seul écho. Choisir. Choisir une voie, un métier, un amour, une maison, une voiture, un chien, une destination de vacances, se tracer un chemin, pour se donner l'illusion d'être bien vivant. Et puis se persuader d'aimer. L'amour, cette rencontre de deux névroses. De deux manques qui se comblent, en s'aspirant mutuellement. Se mettre un voile sur l'esprit, pour occulter toute réalité, ne pas voir les noires profondeurs, quelques étages sous les impressions. Interpréter dans le sens où l'on a envie de rêver. Faire semblant, tout au long du cours de ce fleuve insipide. Et puis ramper vers la sortie. Se convaincre, une fois encore, qu¹on n'a pas vécu en vain.
Avec un peu de chance, je ne naîtrai pas en Occident. Là, je n'aurai pas le temps d'ingurgiter l'ennui à la mayonnaise existentielle. Ce sera peut-être pire, mais je mourrai plus vite. Tout autant inutile.
Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
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