Eternelle ronde


L'histoire commence presque toujours de la même façon, mais peu importe les variantes. Un homme, une femme. Croisements de regards. Arrêt sur image, coup de foudre. Embrasement des sens, extinction des souvenirs, plus rien n'existe, à part eux, seuls sur terre, yeux dans les yeux, corps à cœurs. Instants chavirés. Fragments d'éternité. Puis, doucement, le monde se remet à tourner. Projets. Promesses enrubannées. Photos sur papier glacé. Premiers souvenirs, qu'on s'empressera d'oublier quand l'histoire aura jauni. Place dans les armoires, nouvelle chaise à la table familiale, amicale, sociale. Mélange de bibliothèques et de canapés, des sous-vêtements dans la machine à laver, des corps un soir sur deux. Puis sur trois. Puis parfois. Reproches voilés. Insinuations aiguisées. Critiques affûtées. Plaintes suintantes, gémissantes, hurlantes. Silence.

Silences.

Son principal : la télé. Même plus en bruit de fond. Elle s'est fait un lavage de cerveau, raisonne en termes d'enfants, d'argent, de soldes sur le blanc. Le reste, elle s'en fout. Plus le temps. Plus d'envie. Lui se momifie. S'étiole, s'écrase, et choit en méduse de canapé.

Histoire flasque, fermentée. Promotion Liberté. Si un(e) inconnu(e) passe par là et, d'un regard, aide à se redresser. Le cœur qui frissonne, le corps qui soudainement se souvient et veut goûter à nouveau cette vie qui palpite. Clap de fin, clap de début. Lumière, étoiles dans les yeux, serments fiévreux. Et la ronde continue, éternelle, à battre de l'aile et ricaner.


Valérie Bezard

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


Accueil
Accueil
Les éditos
Les éditos
Les textes
Les textes