Mon actualité à moi


Il y a peu, le taulier me demande d'un air de teckel déshydraté : " Tu me ferais pas un édito ? ". Marrant, lui, qu'est-ce que je peux dire, que les Américains sont méchants, que les chiites risquent de pas être très sympas, que toute l'humanité est nase ? Il me semble que de plus grands philosophes que moi l'ont déjà dit. Avec d'autres tournures, je vous l'accorde.

Et puis là, cette semaine, la révélation : je vais parler de mon actualité à moi. Quand le monde s'est arrêté de tourner. Attention, y a plein d'épisodes, c'est presque aussi palpitant que Dallas.

Dans la nuit de mardi à mercredi, je m'endors gentiment. Et me réveille vers 2h. Chouette, j'ai enfin moins besoin de sommeil, je vais pouvoir faire plein de trucs passionnants ! Euh, nan, mauvaise pioche. C'était une sorte d'appel venue des profondeurs à aller plonger la tête dans la cuvette des toilettes, en position de prière. Non, Gastro, je ne te rendrai pas hommage, non ; bon, si t'insistes. Toujours positiver, qu'on dit. Bon… 1er avantage, cela permet de bien observer l'état de la cuvette, voir si elle n'est pas trop entartrée, ce que je fais rarement, je dois l'avouer. 2ème avantage : se rendre compte précocement des maladies mentales qui rôdent. Par exemple, Alzheimer : " aucun souvenir d'avoir mangé un truc qui ressemble à ça ". Voire même une touche de schizophrénie : " ah non, ce n'est pas du tout à moi, ça ".

Après quelques autres observations nocturnes du fond de la cuvette, je me traîne chez un médecin, assez guillerette pour mes 200 ans. Sans canne ni déambulateur. Le lendemain matin, je me réveille avec… ooooh, aaah, c'est quoi ça, une expérimentation génétique ? Pourquoi un éléphant s'est installé dans mon conduit auditif et cherche à faire de la place à un dinosaure ? Aspiriiiine ! Deux heures à peine plus tard, Dumbo et tous ses amis ont regagné le site. Médecin. 300 ans. Otite. A votre âge, vous n'avez pas honte ? Bon, pas d'anti-inflammatoire, pas bon pour gastro. Super, vous me remettrez bien un placebo ? J'aime pas les médocs, mais s'il faut chercher un dealer d'opium pour ne plus avoir ce truc accroché, là…

Après une journée et une nuit où, dès que je suis debout trop longtemps, c'est-à-dire plus de dix minutes, j'ai l'impression qu'on me greffe une cheminée avec une plaque en fonte sur le côté gauche de la tête, rien de très neuf. Quoi que. Malgré mes tendances légèrement hypocondriaques, je ne m'inquiète pas du tout au sujet du liquide céphalo-rachidien qui s'écoule de mon oreille. Bon, ça doit être quelques pensées flottantes… Tiens, j'ai des pensées rouges. Après quelques heures, je finis par trouver que j'ai beaucoup de pensées rouges, pour une ancienne votante de Chirac. Appel Grand Gourou Docteur. Pas là. Appel Grand Gourou Pharmacien. Aaaah, votre tympan a dû se déchirer, faut voir un médecin, vite ! Nan mais sont pas fous de me faire peur ?? Appel plusieurs médecins (plus aucun ne se déplace, alors que je viens de fêter mes 350 ans). Tympan percé, anti-inflammatoire. Bingo, sont trop forts ces Hypocrate. Avec l'étonnement en prime : très rare, mon truc. Merci, je ferais bien la fière, mais là j'ai pas le temps. Et vous n'avez pas ressenti une violente douleur ? Eh Ducon, ça fait 48h que je ressens des violentes douleurs, je fais pas des courbes.

Et depuis, je dépressionne. Bon, repositivons. D'abord, être dans le potage permet de prendre une distance certaine sur pas mal de choses, de les voir sous un angle certes légèrement comateux, mais aussi emprunt d'une étonnante clairvoyance. D'avoir même des éclairs de grande lucidité. C'est ainsi que j'ai résolu une énigme mathématique, malheureusement pour l'humanité je ne me souviens plus laquelle. Très drôle aussi : la touche replay pendant le sommeil. Le truc qui passe en boucle. En boucle. En boucle. Au réveil, on est encore plus épuisé que pendant le sommeil. Et puis de voir des trucs qui n'existent pas. Ou qu'on invente, pour s'échapper. Ah, et puis, avec un tympan en moins, le son n'est plus le même. Avant de s'endormir, c'est " vent dans une forêt de peupliers ". Joli.

Bien entendu, cet état a quelques apartés. Et quand je dis quelques, je fais ma modeste. Ça vient toujours de la même façon : aïe… ouye… AYEU !! C'est dans ces moments-là que les plus grandes citations de l'humanité viennent à votre secours. " Oh putain salope, salope, putain, ta mère " (Thierry Lhermitte, Le Père Noël est une ordure). Ou encore : " Nom de Dieu de nom de Dieu " (mon père, quand il est très énervé. Comme il ne lit que les classiques, il a dû tirer ce fragment de l'un d'entre eux).

Bon allez, c'est l'heure, je regagne mes platanes, avec un peu de chance, Dumbo va peut-être vouloir s'y envoler.


Valérie Bezard

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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