Ailleurs


Un après-midi de pluie, allongée sur un lit. Dehors est morne, gris, métallique, vertical à l'infini.
Le vide l'emplit.

Alors elle rêve d'ailleurs. Les pins, la mer douce, le soleil qui se réverbère sur un sable blanc. Puis le monde vient à elle, écrasant tous ces clichés. Que se passe-t-il, au même instant, quelque part sur la terre ?

A cette seconde précise, un homme retrace en tremblant le si maigre cours de sa vie. Derniers instants dans un couloir de la mort, avancée cahoteuse avant la décharge. A l'est, la nuit tombe. Un vieillard de cinquante ans compte ses piécettes, le regard perdu. Ce soir encore, ses enfants auront faim. Quelques villes plus loin, une jeune fille étendue sur un sommier fixe son attention sur la tôle du toit, pour oublier le poids de l'inconnu en elle. Elle rêve de sa campagne natale, de ses parents, de ce sordide espoir qui l'a poussée ici.

Disséminant la planète, des camps de réfugiés. Des ghettos croulants. Des prisons surchargées. Des tortures, des exécutions, des viols, des agressions, des assassinats. Là, au même instant. A chaque instant de la journée. Quand elle prend son café, va au supermarché ou repasse une robe. Des prises d'otage, des corps décharnés qui tiennent encore debout quelques minutes, des attentats, des tirs, des armées, des civils, des cris d'horreur, des pleurs de terreur, des yeux figés qui n'attendent plus rien, parce qu'il n'y a rien à attendre.

Ont-ils rêvé d'horizons cimentés, bien à l'abri des mines, des dictatures et de la sécheresse, d'étendues plombées par l'ennui ?

Qui rêve à qui ?


Valérie Bezard

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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