Putain de caractère !


Elise avait ce qu'on appelle poliment un fichu caractère. Et plus crûment un caractère de chiotte. Sa mère lui répétait que jamais son prince charmant ne se montrerait. II apparaîtrait au détour d'une rue, mais ferait immédiatement demi-tour, horrifié, bousculant la petite voisine si laide dont il tomberait amoureux sur le champ tellement son image lui semblerait plus agréable que celle d'Elise. Plus sobre, son père lui prédisait un avenir de vieille fille acariâtre. Sa grand-mère déposait des cierges devant la Sainte vierge pour qu'elle daigne adoucir le tempérament d'Elise et lui trouver un mari. Devant cet acharnement collectif, Elise se transformait en furie hululante.

Elle était certaine qu'un jour son prince viendrait, la comprendrait et l'emporterait sur son scooter gris métallisé. L'adolescence passa sans qu'il arrivât. Quand Elise eut vingt ans, elle s'impatienta : où était-il donc, ce crétin de prince charmant ? A vingt-cinq ans, elle avait écumé toutes les boîtes, tous les bars de la région. Il fallait se rendre à l'évidence : son prince était un gros nul pantouflard qui l'attendait devant la télé. Elise devint VRP pour déloger son prince de son antre et terrifia des légions de clients. Las !

Le jour de ses trente ans, un inconnu lui offrit des fleurs. Impulsivement, Elise s'apprêtait à l'invectiver, mais ce regard, ce sourire… Il était enfin là ! Pourquoi l'avait-il ridiculisé auprès de son entourage en traînant des pieds pour la rencontrer ? Furieuse de ce manque total de considération, Elise l'envoya sur les roses.


Valérie Bezard

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