Musique contemporaine, de la musique pour les contemporains.


Quelle merveille quand les mots expriment simplement et totalement leur sens ! Ce soir là, jeudi 11 juin 2009, salle Pleyel, il n’y avait ni musique savante, ni musique moderne, ni tonalité, ni série, pas de classique et pas de populaire, il n’y avait que la musique.

Pour dégager les a priori, rien de tel que Berio, Formazioni pour orchestre. On sent que cet homme a tout connu, tout tenté, il ne se soucie plus guère des principes ou de leur absence. En quelques sons jaillis d’un orchestre sens dessus dessous, il a établi sa liberté de créer et notre liberté de ressentir, loin des écoles et de leurs maîtres, loin des règles qui si souvent hélas se contentent d’écraser les doigts des rêveurs au lieu de leur ouvrir les mille droites des possibles.

Ensuite, oh ensuite ! Cinq perles, cinq poèmes minuscules, cinq pures merveilles tombées du ciel dans l’esprit génial d’un magicien de l’infime, Anton Webern, cinq pièces pour orchestre. Vous vous doutez que moi qui m’essaye depuis si longtemps à la poésie minimale, je ne pouvais qu’être subjugué par ces six minutes de perfection !

Deuxième partie, le plat de résistance (oui, je sais, elle est facile, mais il est tard !), une création mondiale : Bruno Mantovani, Le livre des illusions, hommage à Ferran Adria. Et Ferran Adria, le grand cuisinier espagnol, l’homme de la cuisine moléculaire, est présent, sur scène, aux côtés de Bruno. Ils expliquent en quelques mots l’origine du projet, composé en s’inspirant de la carte 2007 d’El Bulli, le restaurant du maître en gastronomie ! Quel plaisir d’entendre l’accent à couper au couteau du cuisinier se marier à la limpidité des propos du compositeur, un avant-goût de ce qui nous attend.

Et ce qui nous attend ne nous attend pas, non, la musique s’explose en sensations inouïes, elle nous prend, elle nous submerge de stupeur, de plaisir, de surprises, d’élans, de retenues, de vertiges, de fracas, d’harmonies impensables, de sonorités électroniques tourbillonnant les sons des bois précieux, des cordes ou des cuivres. Je ne sais plus où je suis, qui joue de quoi, comme un voyage imprévisible au cœur d’un maelström rigoureux d’émotions dont la structure m’échappe mais s’impose à mes sens. Percussions, orchestre, parfois un violoncelle qui s’échappe, vite repris par le puissant souffle de l’électronique enfin devenue musicale, au service de l’expression. Ces trente-cinq services passent comme le train fantôme de notre enfance, magique, époustouflant.

Bruno Mantovani, retenez ce nom ; le Livre des illusions, courez l'ouvrir, de la musique qui nous fait appartenir à notre époque.


Philippe Banquet

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