Introduction au libre-échangisme.


Karine veut nous échanger. Cette idée lui a été suggérée par Delarue, un soir qu’il faisait trop froid pour sortir et trop tôt pour se coucher. Oui, pourquoi pas, pimenter notre vie de couple, nouveaux horizons, briser des tabous, épanouissement sexuel, vous voyez le topo. Rappelez moi de payer ma cotise au club des fracasseurs de télé avec l’animateur encore vivant dedans.

L’échanger, Karine ? Autant me demander de céder mes yeux contre un GPS monophonique à voix de Mireille Mathieu synthétique. Mais bon, quand Karine a décidé, c’est décidé.

Nous voici au beau milieu d’une salle remplie d’échangeurs, ce joli monde plus nu qu’habillé hormis quelques accessoires vestimentaires destinés à mettre en valeur l’absence du reste. Ca se pèse, ça se soupèse, ça s’ausculte, ça se mélange, ça s’émulsionne, on s’enlace on se délasse on se prélasse, on se prend on se méprend on se reprend, on se minaude, on se mate où, on se minou minou, on fonce on s’enfonce on se défonce, oh là là !

Un type se pointe, scrute Karine, serrée dans son peignoir blanc comme une vestale aux Enfers. Regard haut en bas bas en haut, après quoi il l’invite à accepter l’hommage que veut rendre à sa beauté son désir dressé, « on baise ? ». A ce moment précis je me sens gagné par la fièvre de l’échange, je cède soudain à l’appel du capitalisme primal, et je lui fournis la force de travail de mon poing propulsé par l’énergie de mon amour en contrepartie de l’éclat medefique de sa concupiscence.

En fait l’échangisme ce n’est pas pour nous, conclut-elle pendant que je reprends nos affaires et mes esprits sur le trottoir, le seul que j’échangerais volontiers contre toi, c’est toi, et je ne suis pas certaine d’y gagner vraiment.


Philippe Banquet

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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