Walking in the mood for you
Marchant seul dans la fin de la nuit, pluie fine, Paris fantôme ; glissé des voitures, taxis fuyant, qu’importe, j’avance, dans l’absence, déjà, dans l’évidence, de toi.
L’alcool brouille la réalité d’un filtre léger, une brume ténue qui se mêle aux gouttes d’eau pour noyer mes lunettes. L’extérieur devient ouaté, atténué, doux et lointain. Seule l’idée de toi demeure, intacte, immense davantage à chaque pas ; je ne te connaissais pas, je ne voulais pas te connaitre, tu étais posée à côté de moi, séparée par un je refuse implacable ; mon histoire ne devait pas se mêler à la tienne, ensemble ne pouvait pas exister ; pourtant …
Pourtant, je marche dans la nuit, vers un petit matin inaccessible et l’euphorie me soulève, le poids de mon corps ne marque plus le sol, je suis libéré de la pesanteur du monde par l’alcool et par la plénitude de toi.
Même les rats furtifs qui tracent une ligne fugace à travers le trottoir me sont complices, « Allez filez, les gars, avant que la patrouille … », peut-on vraiment sourire à un rat ?
La vie, tout à coup, n’est plus sans toi,
la vie, enfin, s’ouvre d’un possible
avec toi.
Philippe Banquet
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