Histoire de la boulangère.
Le boulanger trompe la boulangère. La boulangère le sait. Avec une petite de dix-neuf ans, qui pourrait être la fille qu’ils n’ont jamais eue. Qu’ils n’auront jamais plus. Le boulanger sait que la boulangère le sait.
Mais c’est leur boulangerie. Alors le boulanger reste, car qu’est-ce qu’un boulanger sans boulangerie ? Et la boulangère reste, car qu’est-ce qu’une boulangère sans boulangerie ?
Tous les matins elle ouvre la boulangerie. Le pain est chaud, aussi les croissants, juste il ne fait plus de brioche, on ne sait pas pourquoi. Le boulanger va dormir, elle sert les clients, tout est dans l’ordre.
A dix heures, chaque matin, la petite arrive. Les yeux encore pleins de sommeil, le ventre encore plein du boulanger. La boulangère le sait, la petite sait qu’elle le sait. Elle demande deux croissants, en traînant un peu sur le deux, de sa voix encore endormie. La boulangère pose les deux croissants sur le comptoir, entourés d’un papier blanc, la petite paye, prend les croissants, se retourne et s’en va, lentement, très lentement, comme enveloppée dans son rêve.
Les gendarmes ont trouvé le boulanger et la petite, morts, les deux croissants, intacts.
C’était leur boulangerie, mais c’était sa vie.