Gol (7).
Ma mère est partie. Elle m'a embrassé, avec les lèvres qui font semblant, son rouge voulait pas se mélanger à celui de mes joues. Un problème avec son cœur, puis je suis grand, c'est normal.
Normal, c'est un mot que je n'aime pas trop et qui ne m'aime pas du tout. Mais de savoir son cœur malade ça me faisait peine. Sûrement le monsieur allait la guérir, on en sait des choses quand on a de quoi pour une si belle voiture, alors je me suis consolé.
Ils m'ont laissé, ma valise aux pieds, dans le grand hall de l'institution. Le surveilleur m'a montré les choses, la cantine, les wc, la salle de télé et le dortoir avec mon lit, comme celui des autres mais rien qu'à moi. J'ai ouvert ma valise et mes affaires ont trouvé à se poser dans l'armoire, même les bottes de mon père, au fond, pour me dire que j'étais toujours mon pareil.
L'institution c'est du très bien pour moi, tout le monde est gentil, surtout l'infirmière. Des fois, quand je veux me réfugier, je fais un peu semblant, je tousse, je me pique des yeux, je racle du nez, ils disent vas-y. Le radiateur réchauffe mes fesses quand j'attends mon tour, je me conforte. Elle arrive, ses yeux me font du bleu, mon cœur palpite, comme ma mère, j'ai du fragile en dedans.
Son sourire, c'est comme la porte dans la nuit qui fait sortir les choses de la tête, noires, pour les envoler dans le grand rêve. Des fois elle me parle, je me laisse guider par sa musique, les mots se donnent la main et tournent, dansent, un tourbillon de feuilles, je ris.
Ma mère est partie, mais j'ai les bottes de mon père, l'infirmière, et l'âge de me désembrouiller.
Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
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