Gol (6).


Marcel ce qu'il aimait, les femmes. Pendant que je creusais, il me racontait tout, des fois je me posais les bras sur le manche et je le regardais rouler son clope, habile pas croyable. Il parlait même temps, ses doigts manœuvraient et ses mots me tombaient de là-haut, drôles, pleins de chaud. Ca me faisait du bizarre, ses gonzesses, ses morues, ses chéries, les choses incroyables qui faisait, ses aventures. Je comprenais guère grand-chose, cul, loches, pied, sucer, niquer, baiser, je mélangeais un peu, mais j'aimais ce qu'il aimait.

Et le communiste, ça c'était son truc à Marcel. Les femmes, le kil, et le communiste. Coco pour vous servir, qu'il gueulait les grands soirs, en pissant sous la lune. Marcel y voulait tous les pendre, les gros, les riches et la curaille. Ses ennemis personnels, y rigolait pas, des fois les larmes lui venaient, il balançait son pognon à travers le rade et il fallait que je le sorte, il aurait sûr arraché son cœur pour le filer à une cloche. La guerre d'Espagne et le Front popu, il racontait des heures, j'aimais bien, les pourris et les gentils, ça me faisait bien clair. Je serrais les poings, moi aussi j'avais envie de leur trancher la couenne. Sauf que j'en voyais jamais, des gros bonnets, enfin des fois en hiver, mais z'avaient pas l'air méchant.

Un soir on rentrait de chez la Zezette. Sa copine, la Zezette, il lui farfouillait sous la robe, y avait de quoi faire, elle agitait ses grosses doudounes sous mon nez, ça me faisait tout rougir, ils rigolaient. On était bien en forme, on faisait des dessins sur la route, à pisser en marchant pour aérer le colosse, comme dit le Marcel. On s'est entré dans le cimetière, en douce. Et on a fait le communiste des morts, à tout partager, on a pris bien du soin, les belles fleurs, les photos, les petits mots doux des tombes de riches, on y a rendu aux pauvres, on a égalisé. A la fin, chacun avait sa beauté pareille, on avait réconcilié les morts.

C'est comme ça que j'ai perdu mon pote, et mon métier que j'aurais dû. Les temps sont pas mûrs pour le communiste.


Philippe Banquet

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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