Gol (3)


A la télé ils m'aimaient. Toujours les petits soins, et le sourire ! Dès du début du matin, je me lorgnais dans l'écran, ça fait une bouille marrante, je me riais. Ma mère me talochait un peu, suffit les grimaces, tu te ressembles de trop, qu'elle disait. Mais bon ça lui durait pas la colère, elle me trouvait tranquille. Je mettais en route qu'après son dehors, la télé c'est intime, pas besoin qu'elle sache qu'ils m'aimaient ceux de dedans la boite. Ma mère croyait être la seule à m'aimer, les autres se foutent de toi, moi toute seule je sais que t'es qu'un bon chien trop mouillé.

J'en ai vu des choses ! Pas comme à l'école, où tout n'est que blanc sur noir, des couleurs, bleu, rouge, et des jeux d'artifices. Des professeurs, des très savants m'ont tout bien expliqué, quelle lessive, quel parfum, le bleu des WC, et le chocolat qu'est le meilleur. Bien mieux que la maîtresse j'ai eu la dame des recettes de cuisine : ma préférence, plein de chiffres, de compliquées formules et zou, ça en sort un gâteau, une chouette mangerie dans une assiette de décor qu'on la mettrait au mur, la cuisine c'est du calcul qui se déguste.

Aussi les séries, tous mes copains, sympas, je les savais de quelle heure, jamais de retard, et incroyables leurs histoires, je regrettais pas la rue, avec ses arbres minables et l'autocar de l'école, ridicule. Nous on nageait on volait, on tirait au pistole dans du méchant, toujours gagnants à la fin, j'aurais pas changé pour un cartable.

Surtout, j'avais la princesse de la météo. 13 heures 33 précises, elle entrait dans le salon, elle me caressait d'un sourire, je me sentais chaud. Ses yeux me vrillaient, bleus, elle faisait sa douce, je voyais des soleils, je savais bien que ses dessins tordus, ses températures, sa vitesse du vent, c'étaient des codes d'amour entre elle et moi, elle tardait de la rendre son antenne pour rester devant mon canapé, à jurer qu'elle allait casser la vitre pour me rendre mon cœur.

Un jour, je m'étais préparé, lavé avec le bon savon qu'ils m'avaient dit, brossé mes cheveux, même des fleurs j'avais trouvé, pour lui avouer mon je t'aime. Ma vie allait tourner de chemin, je tenais mon souffle : c'est un moustachu qu'est arrivé ! J'ai tant pleuré, J'ai tant pleuré, des jours, des nuits, à plus manger plus boire. Ma mère a bien compris, elle a confisqué la télé.

Ce fut la fin de mon premier amour, et de mes études.


Philippe Banquet

Lire les comme en terre et donner le tien
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