Gol (13).
On se courait, les hurlements, explosions, feu. Même au poignard, ils ne pouvaient rien, j’étais vide. Moi, facile, au tir ou au couteau qui plantait bien net, juste je les trouvais sales de tâcher partout, ils auraient pu simplement cesser, mais non, ils voulaient durer.
Les villes, brûlantes, on passait de maison en maison. Mes autres faisaient leurs affaires, ils s’amusaient, j’attendais. Les filles surtout les occupaient. Ca fait tant de bruit une fille, mais mon vide absorbait tout, je mettais mes yeux à regarder en dedans de moi. Des fois ils me voulaient avec eux, ils me poussaient entre les jambes d’une, je ne bougeais pas, ils riaient. Ils me bousculaient, je me posais ailleurs, ils se la reprenaient.
C’est la petite qui.
Elle était debout, muette, à me regarder. Moi je ne voulais rien, assis dans mon ombre, j’entendais rouler les dés. Mais, rien à faire, je savais son regard, mon dos lui suffisait, elle tendait son silence et, lentement, je remontais.
Un double six, rire, il y avait un gagnant. Quand sa main s’est refermée sur le bras, d’un coup j’ai quitté la télé. De mon six à moi, ils sont morts, j’ai pleuré.
L’homme au casque bleu a refermé sur elle la porte de la camionnette blanche, il m’a regardé. De cette fois j’ai su que je pouvais ne pas être toujours le chien de ma mère.
C’est la petite qui m’a retrouvé.