Gol (11).


J’ai voyagé.

J’emmenais mon silence. Mes mots avaient quitté ma tête, ne restaient que les tout petits, les moins précieux, oui, non, combien. Au bout d’un temps les gens ne me demandaient plus, mon silence les prenait.

J’ai marché. De cache en cache, manger, boire, dormir, marcher. La nuit me prenait peur, il fallait m’enfuir, les yeux devant mes pieds pour ne pas savoir le poids du noir au-dessus.

Villes, campagne. Il n’y avait plus de temps, c’était tout changé partout, moi tout pareil, j’étais tombé dans la télé, ça ne me concernait pas.

J’ai suivi, parfois, je suis parti, souvent. De tête en tête j’allais, peu me porte, je m’étais dessiné les bottes noires de mon père, elles me traînaient comme elles voulaient.

Puis le feu a commencé, les bombes, en sifflet des balles, quelqu’un avait changé de chaîne, mais je sentais tranquille, j’avais déjà vu ça petit.

Dans mes grandes bottes noires je rejoignais mon père, il ne souriait pas.


Philippe Banquet

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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