Gol (10).


J’aurais dû leur dire. Mais le problème avec les gens intelligents, c'est qu'ils ne comprennent rien.

Ils ont déboulé. Deux messieurs en blanc, moi sans rien, ils ont voulu me prendre, c’est la colère qui m’a attrapé. J’avais Hélène dans mes yeux et tout s’est mis rouge, rouge, le blanc a volé aux éclats de mes poings.

Trois, puis sept, puis je ne sais plus. Je faisais tourbillon, à cogner, cogner, elle toute vrillée contre le mur du lit, moi j’avais le sang. Quand je me suis senti piqué, la chambre a tremblé comme une bougie essoufflée, la bascule, noir.

C’est le bruit qui a rallumé. Je brinqueballais sur la couchette, mes bras attachés, deux en blanc pour me surveiller. On roulait. J’ai cherché Hélène, mais même moi je savais, ils me l’avaient pris, normal. J’ai aspiré, l’air m’a gonflé de rouge, d’un coup, rien n’aurait pu m’arrêter, cuir, blanc, porte, tout m’a sauté des mains, la route m’a croche pied, j’ai boulé, couru. Droit devant.

Le dos en ligne, bien collé dans la terre, j’ai ouvert. Mon regard a pris le poteau, jusqu’en haut, il s’est cloué sur la petite croix. Au-dessus le soleil m’a capturé les yeux, longtemps. Quand il m’a libéré, j’ai écarté, jusqu’au plus loin. Tout était bleu, je l’avais perdue.

Noyé dans le bleu comme le chien de ma mère, mais, à l’intérieur, sec.


Philippe Banquet

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


Accueil
Accueil
Les éditos
Les éditos
Les textes
Les textes