Faudrait voir à voter.
C’est mon devoir dominical. Dominical, ce n’est plus si fréquent, depuis qu’à douze ans j’ai estimé qu’un curé puant l’aigreur et la transpiration ne pouvait en aucun cas plaider efficacement ma cause auprès des instances supérieures (« Oui, votre honneur, j’assurerai moi-même ma défense »).
D’accord, d’accord, j’irai voter, promis. Tous ces gus qui se sont faits trouer la peau pour nous offrir ce droit, je leur dois bien ça.
Pour les cantonales c’est fastoche. A Chantelle, Dédé, le boucher charcutier, se présente. Un type qui sait concocter des rillettes et laisser les côtes de bœuf prendre le temps de se reposer est forcément apte à aider ses concitoyens dans l’amélioration de leur quotidien. En plus le Dédé l’est pas né une cuillère en or dans la bouche, trimer dès l’aube il sait ce que cela signifie. Vous me direz que c’est un peu égoïste comme raisonnement, vu que c’est rare que le charcutier du coin veuille faire la nique au notaire ou au médecin, mais fallait venir vous installer dans mon canton, ce n’est pas faute de vous avoir prévenu !
Pour les régionales, par contre … A quoi ça sert exactement, ils nous l’expliquent régulièrement, les ceusses qui sont allés aux écoles, en faisant les gros yeux même, genre bande d’ânes bâtés, faut toujours vous répéter cent fois les choses. Des veaux qu’on est, on n’y entrave que couic à leurs salades. Remarque, p’têt que si ça rentre pas, c’est que ce n’est pas adapté, ou pire, que c’est fait pour. Si c’est si essentiel les instances régionales, pourquoi qu’ils les mélangent avec les cantonales ?
Faut voter pour empêcher le FN de triompher. Oui. Bien sûr … Juste, je trouve bizarre de réduire une action aussi essentielle à un acte négatif : il me semble qu’on devrait pouvoir s’engager pour quelqu’un, pas seulement contre. S’ils veulent tellement barrer la route à la connerie, pourquoi sont-ils incapables de nous donner des raisons de voter pour eux ?
Passons, je ne vais pas me déplacer pour faire les choses à moitié. D’autant qu’ici, voter, c’est tout un cérémonial : faut saluer tout un chacun, avant d’entrer dans la salle, dans la salle, en sortant. Et comme neuf fois sur dix on tombe sur un copain, faut aller arroser ça. Inévitablement, au bistrot, on tombe sur d’autres copains, et à chaque pote une tournée, c’est ça la démocratie rurale.
La république c’est bien, mais ça file mal au crâne, ça doit être pour ça qu’on vote le dimanche.