Ella.


Ses yeux brillent. Elle m’explique que la cuisine française a été inventée par Laurent de Médicis, un italien donc, comme il est naturel, toute bonne idée venant forcément d’Italie. Soit.

Je pense que beaucoup de grandes actions, départ à l’aventure, projet insensé, sont nées du regard un peu insistant de femmes comme elle, « Vraiment, tu ne crois pas qu’il serait … ». Qui pourrait résister, elle ouvre grands mes yeux de ses yeux noirs, les fixe et me transperce jusqu’au tréfonds de l’âme. Soudain tout me semble préférable à un « non » lamentable s’échappant de mes lèvres, au risque de refermer à jamais le rideau d’acier qui protège son cœur des incapables.

Cette femme a l’énergie de l’amour. Par un jaillissement sans fin de sensualité, elle projette des vagues chaudes d’émotion pure, et pourtant elle reste inaccessible, comme protégée par la certitude de sa propre impunité.

Elle a l’esprit direct, l’intuition immédiate, et cette proximité tactile, chaque fois qu’elle m’effleure elle m’ensorcèle davantage, sa main sur mon avant-bras, un instant, propagation, de la peau à la peau, je suis annihilé.

Bien sûr la dernière pluie n’a pas arrosé ma naissance. J’ai connu quelques magiciennes, je sais désormais les reconnaitre et m’en prémunir : garde tes distances, désarme ses regards d’un sourire amical, oui, ami-ami, juste ami-ami. Mais si la charmeuse a l’accent italien, la fougue italienne et la dolce non moins italienne, comment ne pas s’approcher, de plus en plus près, se laisser dériver, adieu résolutions, « préretraite … rangé des voitures … tranquille … ».

Il n’en faudrait pas beaucoup,
imagine, à peine,
imagine, un peu,
imagine, ses lèvres … Au secours !


Philippe Banquet

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