Les sous


Faut bien manger, non ? Et pour manger quoi qu'il faut ? des sous, du pèze, de l'artiche, du qui trébuche et qui sonne, du bien brillant de fond de poche, de la némo.

Alors on bosse, vaille que vaille, on s'est mis le doigt dans la pompe à pognon, et tout con on se laisse aspirer. Au début, tout beau tranquille, on se dit si ça rentre et que ça ressort pas, cool, on va se la vivre douce, juste un orteil dans le système et le reste on se le garde au chaud pour les trucs importants (amour, sexe, rock'n roll). Mais ce n'est pas si simple, il y a la vie, les frais divers, et très vite on devient une machine à payer. La boîte aux lettres devient un point d'échange financier, et les factures chassent les lettres d'amour. On se prend la tête, on se dessèche le cœur, et un matin on se réveille transformé en double colonne : débit, crédit. C'est réussi, on s'est numérisé, on n'aime plus, on calcule, on n'espère plus, on suppute, prime exceptionnelle, points de retraite, on s'est intégré, on s'est désintégré.

Mais l'argent c'est aussi du temps et du pouvoir. C'est la liberté de dire, hep tout le monde tournez un peu sans moi, je vaque, je divague je m'évanouis, bye. C'est le plaisir d'aider les amis juste pour raviver leur sourire, c'est la force, oh Superman arrive, où est le problème ? Je sors mon chéquier et quoi, ah tout est pour le mieux ? C'est la douceur de vivre, printemps de Florence, hiver sucré des îles, et se blottir au secret d'une maison perdue de l'Aubrac.

L'argent est la plus importante des choses sans importance.


Philippe Banquet

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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