Siddharta,
par le ballet de l’opéra de Paris.
La musique et la danse, chacune dans sa liberté et chacune dans la liberté de l’autre : ce Siddharta m’a ébloui, emporté, soulevé dans un élan de beauté célébrant le triomphe de l’homme libre.
Bruno Mantovani nous offre une musique totalement personnelle et donc universelle, tout comme le Bouddha élève son individualité jusqu’à embrasser l’univers. Le compositeur se délivre des règles extérieures pour mieux respecter celles qui constituent son œuvre ; à force de travail et de talent, de talent et de travail, il aboutit à ce jaillissement de beauté. Loin des systèmes et loin du chaos, il transgresse et il respecte, il s’affranchit et il se soumet, cette musique de ballet devient un vaste poème, une ode à la liberté de devenir soi-même, dont le symbole le plus émouvant, le plus déchirant, est peut-être cette guitare électrique qui transperce de quelques riffs l’implacable mécanique du monde comme pour exprimer l’indicible étrangeté de la condition humaine.
La chorégraphie d’Angelin Preljocaj se danse sensuelle, spirituelle, physique, abstraite, le corps devient l’esprit qui naît du corps : la beauté des gestes, des attitudes, des mouvements, des pulsations du mobile et de l’immobile, cette humanité de la chair qui touche au divin, dans, hors, au-delà et en deçà de la musique, dans le rythme des pas et dans celui des sons, totale liberté encore d’inventer une langue personnelle et absolue.
La scénographie de Claude Lévêque se tisse d’audace et d’évidence ; un châssis de camion, noir, luisant, qui descend du ciel comme la matérialité brute, incontournable, que même le Bouddha se doit d’accepter pour se transcender ; cette maison de lumière qui tourne lentement dans le vide sidéral et se déforme au gré des vibrations de l’âme des danseurs, une merveille.
Le spectacle envoûte et libère, enthousiasme et subjugue, pour nous révéler à l’incomparable puissance d’une beauté née d’un art revendiqué libre et qui ne se fixe plus d’autres lois que celles qui mènent à jamais vers l’impossible et pourtant indispensable perfection.
Philippe Banquet
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