Il faut sauver la littérature.
Des livres, des livres et encore des livres ! Brigitte Ockrent ragotise Françoise Giroud, Christine Bardot se rince la bile, les fines plumes de la presse se mettent en garde, une mouche sur le fleuret, bien utile pour fourrager dans le fumier.
Nous autres, sous l'avalanche des propositions de pages, nous restons suffoqués. Le problème n'est pas de savoir que lire mais de savoir que ne pas lire. Heureusement la critique nous guide, par élimination, elle dresse des barrières en forme de réquisitoires pour nous garder sur le bon chemin de la pensée autorisée. Bien sûr, on pourrait objecter que lire des articles sur des livres que l'on ne lira pas, c'est aussi perdre son temps.
Trop de livres, pas assez de temps, et le recul de l'âge de la retraite ne va pas aider à résorber le retard. Peut-être qu'un peu d'organisation s'impose : supprimer la télé, aller seul au resto (c'est ainsi que fut inventé l'Hercule Poirot vinaigrette), faire chambre à part (ou étudier le Kama-Sutra pour dégotter des positions permettant de bouquiner tranquille), brancher un minuteur coupe-circuit sur le téléphone, remplacer les douches par des bains (on peut lire dans son bain, sous la douche c'est plus technique), s'obliger à prendre le métro (ou se payer un chauffeur, lire au volant ce n'est pas dans l'air du temps). Chaque seconde ainsi libérée devrait être consacrée à la lecture. Ainsi tous ces bouquins éviteraient le pilon, les éditeurs seraient contents, les auteurs plus riches que les joueurs de foot, tout rentrerait dans l'ordre.
Tant que j'y pense, paraît que le dernier Kundera est superbe. Je le signale pour montrer mon ouverture d'esprit, vu que Kundera, ce n'est pas ma tasse de thé (évidemment, il ne boit que du rouge, susurre certaine mauvaise langue). Qui sait, peut-être que j'arriverai à le lire, si je me sors assez tôt de cet édito paradoxal, après tout le temps que je perds à l'écrire et toi à le lire (vu le nombre de visiteurs du site en ce moment, je crois que le tutoiement traduit bien la réalité numérique) pourrait être rentabilisé de meilleure façon. Alors fin, filons chez le libraire.