Poulet à la diable.


Début avril, Youssouf M'Be est expulsé. Au motif d'une absence de papiers, on le renvoie chez lui, chose doublement curieuse : un, il n'a pas de chez lui, à moins que l'on ne considère qu'un bout de tôle posé sur deux palettes, au fin fond de Dakar, corresponde à la définition d'un chez soi, deux, à quoi serviraient des papiers à quelqu'un qui ne sait ni lire ni écrire ? Mais la loi est la loi, sauf pour ceux qui la font et qui savent tellement à quels motifs elle obéit qu'ils n'ont vraiment aucune raison de la respecter.

Curieux comme le temps est relatif : des années pour économiser le prix du voyage, cinq minutes devant un juge pour gagner le retour. C'est sûrement ce qu'on appelle la supériorité occidentale. Voilà notre Youssouf de retour au pays, obligé de s'inventer une histoire de vieux blanc cocu mais puissant, ceci pour conserver son honneur. Pas content content notre héros, entre-temps on lui a piqué son bout de tôle, les palettes ont brûlé, il est sans logis.

A la première pleine lune il se décide à mettre en pratique les enseignements de feu son grand-père, qui les tenait de son grand-père, qui les tenait de son … (n fois). Il tend vers le ciel une petite poule noire, maigrelette mais coquette, la saigne délicatement et lui arrache une cuisse et l'aile gauche. Après quoi il tape la palabre avec l'esprit de papi, répondant aimablement à ses nombreuses questions, " Comment ça va la famille ? Où en est le CAC 40 ? ", et finit par aller se coucher, apaisé.

Ce n'est pas que j'accorde le moindre crédit à ces sornettes, mais, à la place de Sarko, si par quelque hasard il advenait qu'une blessure empêche Zizou de jouer et que l'aile gauche du parlement se trouve réduite à l'état de moignon, je crois que je suspendrais les opérations promos sur les allers simples vers l'Afrique.


Philippe Banquet

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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