Une journée ordinaire.


6 h 45 : Le réveil. Je fais semblant de ne pas l'avoir entendu, mais c'est inutile, il sait que je sais.

7 h 45 : En voiture, direction banlieue nord, avec tous mes co-damnés qui se battent comme des diables pour la file de gauche de l'enfer.

8 h 45 : Arrivée boulot, dernière clope avant la condamnation. Je fais semblant d'être libre de ne pas entrer, un coup d'œil à gauche, un coup d'œil à droite, pas de maton en vue, si je voulais … mais je ne veux même pas, inutile de gâcher des dividendes, l'auto-surveillance, rien de tel pour optimiser le profit.

18 h 00 : Retour Paris, là c'est vraiment l'enfer. Celui qui a conçu le plan de circulation de la région parisienne est assis aujourd'hui à la droite de Belzébuth, il chauffe sa couenne de tous les feux grillés qui rôtissent langoureusement nos désespoirs. Ah il peut rire, le grand Satan futé.

19 h 30 : Enfin ! Garé n'importe comment, je dévide mon reste de tripes de la voiture à l'appart, je m'effondre, j'ai bien gagné ma peine.

23 h 00 : Mon oreiller, qui me sert de Paradis de secours. Je ferme mes yeux et je dors, pas le moindre rêve, à quoi bon ? Même au plus profond de mon sommeil, je n'ai plus envie d'y croire.

Leur espérance de vie, leurs sacrés calculs, la satisfaction des indices n'est rien face à cette évidence : tant et tant de fois le vide, ça ne fait toujours que le vide.


Philippe Banquet

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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