Tracteur, Proust, moustaches.


José Bové est en prison. Il n'est pas tout seul, ils sont des dizaines de milliers et, foi de sarko, on ne va pas se contenter de si peu. N'empêche, il y est, le José. Même qu'il est venu en tracteur, ça pose son homme, accompagné par ses amis et encadré par les motards qui lui ouvraient la route.
- Où tu vas avec ton tracteur, José ?
- En prison.
- Ils ont si gros que ça à labourer, là-bas ?

Curieux comme en matière de véhicule la prison pousse à l'originalité : l'un y va en tracteur, d'autres en repartent en hélico. Au fait on ne sait pas qui a ramené le dit tracteur, peut-être est-il sagement garé devant l'entrée, avec Nico on ne craint plus guère les vols, de toutes manières j'imagine mal une bande de loub's partir en goguette sur la Côte avec cet engin. Espérons qu'il n'est pas en double file, non seulement l'amnistie est terminée (enfin, sauf pour les présidents en exercice), mais en plus il n'en veut pas de l'amnistie, José.

Ce qui me préoccupe, ce sont ses brebis. C'est vrai, qui va s'en occuper ? Parce que José c'est avant tout un paysan. Même quand il est à Ottawa (à regret) ou à Gênes (sans plaisir), il leur téléphone, il prend des nouvelles, leurs mamelles, ont-elles bien dormi, est-ce que le lait tourne rond ? En taule, le téléphone, ce sera moins évident, elles vont dépérir.

Paraît qu'il va lire, réfléchir, méditer. C'est bien pour ça la prison, on a du temps, c'est même la seule chose de libre en prison, le temps, un peu le contraire du dehors. Moi par exemple, au cas où j'irais en cabane, dénoncé pour harcèlement par Val ou coffré par un quelconque Jean-Marie, j'ai Proust en réserve. De quoi se morfondre tranquille un an ou deux. Oui, j'avoue, jamais lu une ligne du Marcel, depuis toujours je garde ce trou béant dans ma culture pour combler l'ennui au trou.

Allez, soyons honnête, il n'y a pas que Marcel, c'est le plus connu des innombrables que je n'ai pas lus. Je ne regrette pas, parfois on lit des choses que l'on ne devrait pas, Kundera, Jardin et autres Sollers, résultat on se mazoute les neurones, noirs, gluants, irrécupérables.

José va passer l'été au frais, il nous reviendra plein de malice et d'énergie. Pourvu qu'ils n'en profitent pas pour l'engraisser aux OGM avant de l'immoler à la gloire des multinationales. Imagine, une paire de moustaches dans un Big Mac, triste fin.


Philippe Banquet

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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