Jacques a dit, François a dit, ils ont dit qu’on devait dire.
Ils ont dit qu’on devait dire « Oui ! » au traité établissant la constitution européenne.
Un bien bel unisson, curieux : d’ordinaire c’est plutôt blanc bonnet/chaussettes noires, celui qui dit qui y est qui n’y est pas et vice de Versailles.
D’accord, de l’autre côté, c’est la conspiration des abrutis, De Villiers/Le Pen, renforcée par les nostalgiques de la Grande Internationale et les frustrés socialoprésidentiables. Mais quand même, on y entend aussi quelques discordants moins auto-centrés qui proposent des arguments non conventionnés.
Les ceusses du oui ont une vision claire des citoyens négatophiles :
- Des xénophobes qui, n’en déplaise à Mozart, ne veulent pas de turc dans leur marché et qui voteront « Non ! » sans comprendre que ça n’a rien à voir !
- Des anti-gouvernement qui voteront « Non ! » pour embêter Chirac/Raffarin sans comprendre que ça n’a rien à voir !
- Des nationalistes abrutis recroquevillés autour de leurs monuments aux morts, dehors les Boches, touche pas ma tranchée !
- Que des andouilles incapables de faire confiance à ceux-qui-pensent-pour-les-qu’ont-pas-besoin-de-penser-pour-voter-ce-qu’on-veut-qu’ils-votent :
« Déjà qu’on leur demande leur avis, manquerait plus qu’en plus ils veuillent y réfléchir ! » Baron Ernest-Antoine S., Œuvres complètes, Tome XXXIII, p.1298, éditions du Medef, 2005 (épuisé, comme l’auteur).
Alors, moi j’ai pris mon bâton de téléchargeur (légal), j’ai récupéré le texte original du projet de traité (4 PDF, 352 pages, plus de 700 avec les annexes), j’ai investi dans un tube d’aspirine, j’ai lapé deux cuillères de dépuratif Richelet et j’ai entrepris de lire la chose.
Quelques soirées plus tard, voici le résultat de ce sacrifice personnel :
- Une constitution devrait être concise, générale et compréhensible par tous ceux qui veulent bien faire un effort.
- Une constitution devrait pouvoir être modifiée dans des conditions autres qu’un unanimisme digne de l’Assemblée des Anges au Paradis.
- Une constitution ne devrait pas contenir un salmigondis d’articles contradictoires et tatillons au service d’un libéralisme triomphant (livre III, plus de 300 articles !), genre :
ARTICLE III-130
1. L'Union adopte les mesures destinées à établir ou assurer le fonctionnement du marché intérieur, conformément aux dispositions pertinentes de la Constitution.
2. Le marché intérieur comporte un espace sans frontières intérieures dans lequel la libre circulation, des personnes, des services, des marchandises et des capitaux est assurée conformément à la Constitution.
3. Le Conseil, sur proposition de la Commission, adopte les règlements ou décisions européens qui définissent les orientations et conditions nécessaires pour assurer un progrès équilibré dans l'ensemble des secteurs concernés.
4. Lors de la formulation de ses propositions pour la réalisation des objectifs visés aux paragraphes 1 et 2, la Commission tient compte de l'ampleur de l'effort que certaines économies présentant des différences de développement devront supporter pour l'établissement du marché intérieur et elle peut proposer les mesures appropriées.
Si ces mesures prennent la forme de dérogations, elles doivent avoir un caractère temporaire et apporter le moins de perturbations possible au fonctionnement du marché intérieur.
- Une constitution devrait établir des instances démocratiques, pas un parlement élu parasité par un ensemble conseil européen/conseil des ministres/commission formé de technocrates nommés par des technocrates plus ou moins élus.
- C’est dommage, il y a beaucoup de points positifs dans ce projet, en particulier le livre II sur les principes est tout à fait intéressant, concernant notamment l’égalité hommes/femmes ou les droits des homosexuels.
En conséquence, je pense voter « Non ! ». Désolé pour les imprécateurs du « c’est Oui ou c’est le chaos », une constitution n’est pas un brouillon que l’on vote de force et que l’on tente d’améliorer à l’usage, c’est un ensemble clair de valeurs et de principes rassemblant les citoyens et garantissant la démocratie.
Jacques a dit, François a dit, et nous on pense comme on veut.