En attendant Noël


Karine attend Noël. Tous les ans c'est la même chose, mademoiselle est pour la tradition. La liste des cadeaux, les courses dans le froid pour pouvoir cocher une nouvelle ligne, "ça c'est fait", l'oncle Raoul, la tante Alberte, rollers, locomotive en bois, abat-jour, jeu vidéo, mitaines.

Elle a les yeux brillants, les joues rouges, et son sourire, c'est mon Noël à moi, en avance, immérité, mais chut ...

Karine aime Noël. Oh bien sûr pour la faire râler je lui rappelle le côté mercantile, l'absurdité de ce non-événement, la récup capitaliste et catholique d'une vieille fête païenne, tout ce que j'ai lu dans les livres et qui a excité mon sens aigu du désenchantement, mais ça ne tient pas une seconde devant sa joie naturelle : "Dis ce que tu veux, moi j'aime Noël".

Tant pis, je cède : sapin réglementaire, fenêtres décorées, même un calendrier de l'Avent, avec la petite case qu'elle ouvre chaque matin pour déguster le chocolat du jour. J'ai réceptionné discrètement la lettre qu'elle a écrite, à l'encre violette s'il vous plaît, et qu'elle a déposée bien en évidence sur le rebord de la fenêtre (oui, c'est un lutin nocturne qui est supposé faire le ramassage, mais le nôtre il ne passe jamais, il doit être à la CGT ). J'ai juste gagné de haute lutte de ne pas investir dans une cheminée, après tout le Père Noël est bien assez malin pour se faufiler à travers un radiateur.

Voilà, tout est prêt. Le placard de l'entrée est bourré de paquets enrobés de rouge, le menu est défini, il ne reste plus qu'à attendre. Chaque soir Karine, au moment sacré du coucher, me regarde d'un drôle d'air et me dit : "On joue à la dame qui veut faire un joli cadeau au Père Noël ?".

Je comprends maintenant pourquoi il refuse si énergiquement de prendre sa retraite, le vieux rusé…


Philippe Banquet

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


Accueil
Accueil
Les éditos
Les éditos
Les textes
Les textes