Le talent, l’audace, la beauté.


Didon et Enée, opéra composé par Henry Purcell en 1689 ; 12 juin 2010, Opéra de Vichy ; toutes ces années, toutes ces époques, toute cette différence. Bien sûr, la beauté de cette musique traverse les codes et les oublis, jusqu’à la mort finale qui nous rassemble, égaux dans le flot du temps, mais comment parvenir à lui rendre sa vie ?

Deux rangées d’écolières à l’anglaise, bien sages dans leurs jupes plissées-socquettes, et tout à coup délurées, friponnes, elles entrent dans la danse et cette danse, après plus de trois siècles, reprend sa fonction première qui est de célébrer la joie de l’amour. Par la simple audace d’oser affirmer la puissance et le droit de la liberté d’être, le chorégraphe espagnol, Cisco Aznar, enchante l’orchestre et la troupe venus de Suisse pour recréer la Joyeuse Angleterre. Toute la beauté du monde, éternelle, instantanée, tourne et virevolte soudain dans les corolles des robes de printemps, froufroutées du tout neuf éveil de la féminité.

La vie, drôle, insolente, éclatante de plaisir et de sensualité transcende musique, chant et danse, jusqu’au retour du tragique. Jusqu’à cette danse de mort d’un jeune homme magnifique d’intensité dans une robe noire toute en élégance ; jusqu’à la danse de mort de ces deux jeunes filles sacrifiant le dénuement de leur corps pâle et désincarné ; jusqu’au chant de mort de Didon qui réaffirme à jamais l’invincibilité de l’amour lorsqu’ il s’ouvre à la beauté de l’absolu.

Cinq représentations pour un miracle d’équilibre, entre talent, audace et respect, la dernière fut pour nous, merci ! Et regrets pour tous ceux qui devront espérer qu’un jour prochain d’autres audacieux oseront parier sur l’intemporelle vérité de la jeunesse.


Philippe Banquet

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