A supposer que ...


Autrefois, je vous parle d'un temps que les moins de 20, 30, 40 ans ne peuvent pas connaître, j'adorais jouer au foot. Vrai, dès que la cloche sonnait, je me précipitais dans la cour et hop, deux équipes se formaient, on se disputait un petit ballon en plastique jaune et noir, trois cinquante au prisu, qu'il fallait loger entre deux blousons, ligne virtuelle de notre triomphe, protégée par le plus grassouillet ou par le plus malingre.

Que d'heures passées à sentir battre mes rêves dans mes tempes, à espérer ce shoot qui me propulserait dans la gloire éternelle des souvenirs de mioches, aujourd'hui notaires, ou flics, bouchers, zingueurs, ou morts.

J'aurais pu persévérer, de club en club, du matin au soir balle aux pieds, voir ces derniers grandir sans jamais pour autant dominer leur sujet. J'aurais pu, qui sait, devenir entraîneur (ma cousine est bien entraîneuse, ah, ah, humour de sportif, laissez tomber).

Puis, la vie faisant, me brinqueballer de poste en poste, magouiller un poil (en foot, on appelle ça travailler son dribble d'arrière stade), monter en grade et devenir sélectionneur :
"Alors moi, je vous le dis tout net, le Zizou je lui donne la médaille et la retraite, le Henry je le renvoie feinter en artiste ses poteaux de corner chez Wenger, y a plus que ça qui l'amuse, le Barthez je le prie d'aller cracher ailleurs sa mauvaise humeur et je titularise Giuly".

Vous imaginez le désastre, la tronche des sponsors, donc de la fédération, donc du sport en général et donc de Dieu …

Non, rassurez-vous, je me suis sacrifié. J'ai suivi les conseils, j'ai fait maths, la France est sauvée, Domenech peut expérimenter tranquille ses théories sur les liens étroits entre l'astrologie et la dialectique du hors-jeu.

On peut en conclure que j'ai, par mon renoncement, rendu un signalé service sportif à mon pays. En conséquence, je demande à mon cher Président, Jacquot mon poteau, de m'accorder une amnistie fiscale totale et permanente, en vertu de cette loi admirable qui l'a autorisé à sauver son ami Guy Drut de l'opprobre et de la misère.

Quel beau pays, vraiment, que celui où l'on envoie au Comité International Olympique un condamné pour recel d'abus de biens sociaux (une paille, à peine plus de 100.000 euros) représenter la pureté morale de notre belle Nation…


Philippe Banquet

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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