Ami, entends-tu ?


La sourde rumeur monte, s'amplifie et jaillit des gorges oppressées. La marabunta des mécontents s'est mise en branle et rien ne pourra l'arrêter. Tremblez, puissants, l'heure des comptes a sonné.

A trop tirer sur la corde, le gouvernement voit se renverser le seau de la paix sociale, et ce sont des larmes de sang qui vont ternir l'éclat de ses escarpins. Gare, Jacques, le peuple est en marche, ta tête roulera bientôt au pied de l'échafaud (au fait, c'est peut-être pour cela qu'il a voté pour l'abolition, finaud le Jacquot). Bref, on le sent bien, les classes laborieuses en ont ras la tranche, et le clament haut et fort.

En tête du cortège, normal, l'avant-garde du prolétariat : les pilotes d'Air France. Ils mènent l'Airbus géant des spoliés, rempli de gastro-entérologues, ulcérés par les ponctions fiscales qui leur retournent l'estomac. Et ça ne fait que commencer : bientôt, on verra déferler les hordes des secteurs hautement défavorisés : huissiers de justice, pharmaciens, notaires, Céline Dion. Tous iront crier leur ras le bol, haro sur l'Etat qui les ruine ! Et qui sait, peut-être que les ministres eux-mêmes … Ah non, eux, c'est déjà fait, 70 % de bonus, comme quoi la revendication, quand elle est juste, finit toujours par triompher.

Imaginez l'armée que cela va constituer, avec les joueurs de l'Equipe de France comme maréchaux, le tout mis en stratégie par l'Empereur JMM 1er : la république n'a qu'à bien se tenir. Je les vois d'ici, les jolies barricades (armoires Louis XV, Bentley retournées, marbres de Carrare, pendules en bronze de belle-maman et, soyons fous, compressions de César), les cocktails Molotov (champagne, vodka, un doigt de nitro hors d'âge), les armes de bric et de broc (fusil à chasser le faisan, pistolet de dame incrusté de diamant, coupe-papier trouvé chez un petit antiquaire anglais), la chienlit dans le XVIème.

Vraiment, pas de quoi regretter son bulletin de vote, c'est quand même beaucoup plus rigolo, la droite au pouvoir.


Philippe Banquet

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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