Amitié contre nature


Mon banquier est très sympa. Sa fille va à l'école du centre, comme la mienne. Sa femme confectionne de délicieuses tartes aux pruneaux. Nous les dégustons tous ensemble, le samedi après-midi, pendant que les enfants s'amusent avec leurs poupées aux habits de toutes les couleurs. Un couple vraiment très sympa. J'irais volontiers jouer au bridge chez eux le mercredi soir, si je savais jouer au bridge.

D'où mon incompréhension : pourquoi ce type si courtois s'entête-t-il à vouloir que ma colonne débit ne dépasse pas ma colonne crédit ? Etrange besoin de symétrie, traumatisme d'enfance probablement, le pauvre a subi les jésuites. Comment lui faire admettre que si l'on parle de compte courant, c'est justement que les sommes déposées ne doivent pas rester immobiles, mais s'enfuir à toutes jambes dès que possible ? Obtus, le garçon. Et cette manie de me recommander sans cesse au facteur, je ne suis plus un gamin, je peux quand même aller à la poste tout seul !

Non, vraiment, je me demande si je ne vais pas plutôt lier amitié avec le boucher.


Philippe Banquet

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


Accueil
Accueil
Les éditos
Les éditos
Les textes
Les textes