Trop d'amour tue l'amour.


Marc écrase sa cigarette dans le cendrier et reprend son journal. Il ne devrait pas fumer comme ca. Je lui ai déjà répété des milliers de fois, mais il n'en tient pas compte. En fait, mes remarques le font rire, il dit que je suis une angoissée. C'est vrai. Je ne supporte pas qu'il mette sa vie en péril, que ce soit avec le tabac ou n'importe quoi d'autre. Chaque matin, je tremble lorsqu'il prend sa voiture : un accident est si vite arrivé. Dès qu'il s'éloigne un peu de moi, dès qu'il sort de mon champ de vision, j'ai peur. Peur qu'il meure, disparaisse, que je ne le voie plus jamais. Cela peut arriver à n'importe quel moment, sans prévenir, et ça me rend malade de ne détenir aucun contrôle sur ce genre d'éventualité. Marc prend tout ça à la légère, il ne réalise pas que cette angoisse mine mon existence, un peu plus chaque jour. De la cuisine, je l'aperçois. Installé dans un fauteuil, il me tourne le dos, toujours plongé dans la lecture de son journal. Lorsque je m'approche de lui, mes yeux sont humides, j'ai la gorge serrée.

- Pardonne-moi, mon chéri.
- Mais de quoi, mon amour. Je...
Je ne le laisse pas terminer sa phrase. Rassemblant toute mes forces, je plante le couteau de cuisine entre ses omoplates. Il a un soubresaut terrible, puis plus rien. Son corps s'affaisse lentement, sa joue se colle au journal.

Une larme de soulagement s'échappe alors de ma paupière.
Je n'aurai plus jamais d'angoisse.


Philippe Grédisset

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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