Sur les insectes


Ce soir je roulais en voiture, et une espèce d'insecte vert, avec de longues pattes arrières, genre sauterelle, est venu se poser sur mon pare-brise à un feu rouge. Lorsque je redémarrais, j'observais que la bestiole était compressée par la vitesse, incapable du moindre mouvement. Dès que je ralentissais, elle partait dans une direction, puis dans l'autre, visiblement affolée, mais incapable d'actionner ses grandes pattes pour se sortir de cette situation. Je tentais de prêter attention à la circulation, mais mon regard finissait toujours par retomber sur la petite bête. Je me demandais bêtement ce qu'allait être son destin, alors que je m'apprêtais à entrer sur l'autoroute. En fait, elle disparut définitivement alors que j'atteignais les 90 à l'heure, et je ne pus retenir un petit pincement au coeur. Tombée au beau milieu du bitume, son espérance de vie s'en trouvait extrêmement réduite. Elle allait sans doute mourir écrasée dans quelques instants, à moins qu'elle réussisse à atteindre les bas côtés, avec un peu de chance. Après quelques minutes, je réalisais que j'échafaudais une série de destins possibles pour un insecte vert de deux centimètres de long, un petit amas de cellule mû par quelques instincts rudimentaires. Je réalisais également qu'avec son système nerveux simpliste, elle devait tout simplement ignorer la peur, la solitude, l'angoisse de la mort, tous ces sentiments que l'on prête habituellement aux être humains.

Et pourtant, je ne pouvais m'empêcher d'y penser, et de ressentir comme une sorte de tristesse.


Philippe Grédisset

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


Accueil
Accueil
Les éditos
Les éditos
Les textes
Les textes