Get up, stand up !
Quand j'étais ado, j'allais à des boums, sorte de soirée pince-fesses sous haute surveillance parentale, qui se déroulaient la plupart du temps dans d'improbables garages au sol maculé d'huile, aux plafonds bas constellés de toiles d'araignée, décorés sommairement pour l'occasion de quelques spots de couleur et d'un poster " What's on your mind, Mister Freud ? " Parfois, dans un coin, il y avait même un établi, ou des pots de peintures de 15 litres dont la présence nous rappelait avec toute la force du symbole qu'on ne se trouvait pas dans la boite de nuit de " Saturday Night Fever ", mais bel et bien dans le pavillon de Monsieur et Madame machin, parents comblés de la petite Stéphanie, et que le premier saligaud qui tenterait de poser la main sur elle, il aurait affaire à eux, nom de Dieu !
Mais tout ça, on s'en foutait, mes copains et moi. Nous, on voulait refaire le monde, pas moins. D'ailleurs, Raphaël n'avait-il pas dessiné un imposant A entouré sur son sac US ? Renseignements pris sur la signification du truc, on s'était empressé de faire la même chose, parce que, putain, c'était chié l'anarchie comme concept (surtout lorsque il fallait justifier une absence au cours de gym).
Nantis d'une conscience politique solidement étayée par la lecture en diagonale de Charlie Hebdo (en fait, surtout les dessins) nous passions nos boums à ricaner sur ces petits bourgeois qui se dandinaient comme des canards sur le dernier Clash, tout en nous empiffrant de Curly Wurly et de cacahouètes apportés par les dits bourgeois.
Puis venait le moment, NOTRE moment, quand enfin retentissaient les premiers accords de " Get up, stand up ". Les quelques rudiments d'anglais qui avaient miraculeusement pénétré notre cerveau nous assuraient d'une chose : nous étions en présence d'un véritable chant de lutte, les mecs! " Debout ! Combattez pour vos droits ! " (après, on savait plus trop ce qu'il disait, mais bon, dans une chanson, c'est le refrain qui est important). Alors, pendant 3 minutes trente, on se mettait à tourner sur la piste, le briquet allumé, quitte à se brûler les doigts (la révolution ne se fait pas sans douleur), en anonnant les couplets, en braillant le refrain, sous l'œil effaré de types en pull jacquard, la raie sur le côté, qui tournaient avec frénésie leur index sur la tempe , geste censés démontrer avec vigueur et ironie tout le mal qu'ils pensaient des jeunes écervelés de notre espèce. Ensuite, on allait s'asseoir dans un coin, et une sorte de cordon sanitaire tacite se dessinait autour de notre petit groupe. On ne serait pas invité à la prochaine, ca faisait pas un pli. Pas grave, la copine du frère de Raphaël fêtait son anni samedi prochain. Elle ne nous connaissait pas encore, elle allait apprendre à nous connaître. Foi de Che Guevara (espèce de militaire hyper cool qui fume le cigarillo sur des poster au fond rouge sang), la révolution était en marche, et tant qu'il y aurait des boums, rien ne pourrait l'arrêter !
Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
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