Sur le coiffeur.


Je ne vais plus chez le coiffeur depuis bien longtemps. Je me coupe les cheveux tout seul, avec une tondeuse que j'ai achetée à Auchan. Le résultat dépend directement du temps investi dans cette besogne. Si je suis trop pressé, ça peut s'avérer catastrophique. Je ne m'en rend pas compte sur l'instant, c'est généralement au travail, le lendemain, qu'on me le fait remarquer (de façon pas toujours très charitable).

Lorsque j'étais enfant, les choses étaient différentes : la visite chez le coiffeur était inscrite dans une tradition dont la stricte observation n'admettait aucune fantaisie, au même titre que l'après-midi du dimanche chez les grands parents. Je n'ai jamais aimé le coiffeur, personnage veule dont le seul plaisir sur terre constituait à me rendre ridicule auprès de mes petits camarades. Pour mieux comprendre, il est nécessaire de préciser en quelques mots le contexte de l'époque. Les années 70 : durant cette décennie, la mode capillaire était fortement marquée par une tendance au laisser-aller, qui pouvait se constater à tous les échelons de la société : même les présentateurs télé avaient les cheveux sur le col de chemise. (Toutefois, ils étaient toujours impeccablement peignés, pas comme le chanteur de Deep Purple, par exemple). J'avais une dizaine d'années, et la folle ambition de coller au plus près aux canons esthétiques de l'époque, ce qui n'était pas du tout du goût de ma mère. D'où la visite chez le coiffeur, qui tombait aussi inexorablement que la lame de la guillotine sur le cou du condamné (à la seule différence notable : la lame ne tombait qu'une seule fois).

- Alors, on vient pour le jeune homme ?
- Oui, il a bien besoin d'un petit rafraîchissement !
Et il riaient tous les deux, d'un rire sadique, puis le type ajoutait : " C'est qu'on va bientôt t'appeler Mademoiselle ! " Les rires redoublaient tandis que j'enfilais l'immonde blouse rouge qui justement, ressemblait à une robe.

Les exigences de ma mère étaient simples : avant tout, on devait voir mes yeux. Donc, pas de pitié pour la frange. Il fallait également que l'on puisse distinguer un bout d'oreille, et que tout ça ne soit pas trop long dans le cou. Pour le reste, elle était large d'idée (68 avait fait son oeuvre). Résultat, je ressortais avec une coupe hybride, fruit de compromis ineptes entre la génération " Maréchal nous voilà " et celle du post Baby Boum.


Philippe Grédisset

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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