Noble et Très Haut Amour
« Etreins la télé, abruti !» me disaient souvent mes parents. « Tu peux perdre toutes tes dents, elle, au moins, elle ne te quittera jamais. Chéris-la ! »
Dès que j’ai été en âge de le faire, j’ai donc embrassé la télé qu’ils m’avaient offerte pour leur séparation; au début, j’étais un peu intimidé ... c'était ma première !..., mais rapidement, je l’ai touchée sans fausse pudeur.
J’ai caressé ses courbes, j’ai titillé tous ses boutons ; elle ronronnait.
Je l’ai aimé revêtue d’une housse contre la poussière, mais surtout, je l’ai aimée nue, allumée, prête à toutes les expériences.
Nous avons eu des nuits de folie. J’étais jeune et endurant, à défaut d’être imaginatif (je n’ai pas essayé beaucoup de positions). Elle hurlait parfois : je me souviens des voisins jaloux qui appelaient la police ! Je savais me servir de ma télécommande.
Je lui achetais tous les magazines qu’elle désirait (Télé7Jours, TéléK7 ...), j’ai tout sacrifié pour elle. Mais elle ne m’a jamais déçu : les émissions ont passé, son écran est resté plat.
Quand j’étais repu, je m’endormais vite, et si je ronflais, elle ne se plaignait pas! Elle veillait sur moi.
(...)
J’ai toujours la télé que m’ont offerte mes parents, il y a trente ans. (Au départ, j’étais con ! je voulais un cheval.)
Je sais qu’il existe maintenant des télés avec, intégrés, des simulateurs d’appareils génitaux féminins. Mais je suis fidèle ! Quand je mourrai, je veux qu’on enterre ma vieille télé avec moi.
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