Laisse aller


On aurait laissé les autres danser. Les kakos, les m’as tu vu, les champions, enchaîner paso doble et chat chat chat, jambes câlines, audacieuses, vibrant sous la musique. On aurait patiemment attendu, savoir si un jour ce ne serait pas notre danse.

Toutes les danses finissent par finir, c’est une loi de la nature. Fatigués, les couples se dissolvent, d’amour de sueur ou d’ennui. Les beaux messieurs, les belles dames, s’étreignent, se contraignent, s’éteignent et les musiciens restent seuls, toujours, tout à la fin de la fin.

Il ne reste plus que nous, un nous qui se fait malgré nous, deux tous seuls enfin seuls, et quoi ? il faut peut-être se lancer, et se dire que ce tour c’est notre tour, et tant pis pour ce qu’on en pense, d‘ailleurs à cette heure qui songe encore à penser ?

La valse lente d’après point d’heure fatalement sera la nôtre, la faute à qui ? La faute à l’amour, lui qui depuis toujours attend notre heure, notre petit quart d’heure de bonne heure.

Il faudra bien qu’un jour ce soit aussi notre jour.


Philippe Banquet

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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