Lettre morte


Tu as raison, Julien Vigne.
Mon regard ne se détache plus de mon nombril, devenu un trou béant au milieu d'un corps qui sèche, comme le cadavre d'un chien sur le bord d'une route.
Mes muscles ont déserté mes bras et mes jambes, mes côtes ne parviennent plus à dissimuler, sous une peau devenue trop fine, cette lamentable agonie. Je ne me déshabille même plus, tant ce spectacle de mon propre corps en quasi décomposition est odieux.
Mes sentiments ont la forme d'un caveau couvert d'une chape de béton de mille tonnes, interdisant la moindre particule de lumière. Dans l'ultime effort, mes poings frappent encore et encore ne me renvoyant qu'un bruit sourd qui se propage éternellement entre mes deux oreilles.
Pourquoi ?
La vérité, Julien. Je l'ai vue, oh oui je l'ai vue, bien en face, les yeux dans les yeux, brûlant, des milles feux de l'enfer, mon coeur et mon âme. Les hommes ne doivent pas chercher la vérité mais se faire la leur suivant leurs propres réalités.
Je vais t'avouer une dernière chose Julien Vigne :
J'ai peur.


Jean-Roch De Lima

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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