J’aime pas la dinde


Le soir se couche sur le village de mes ancêtres.

Je regarde ma femme, et ma fille de quinze mois, manger leur maigre portion, ce sera le seul repas de la journée. Moi je mange un jour sur deux, il ne reste que cinq kilos de riz, jusqu’à quand ? J’en sais rien.

Les derniers rayons du soleil entrent par la petite fenêtre de la seule pièce de la petite maison, et rebondissent sur les murs blanchis à la chaux. Comme tous les soirs, à cette heure là les sirènes se mettent à hurler, ma femme prend notre enfant dans ses bras et se blottit dans le coin le plus sombre de la pièce, moi j’ai mon Coran sur les genoux et je prie. Les premières rafales de la DCA se font entendre, puis les premières explosions, tout se met à trembler, la petite radio qui était posée sur l’étagère tombe et se fracasse par terre. Je ne peux plus détacher mon regard de celui de ma fille, elle est terrorisée. Elles sont terrorisées.

Et puis plus rien.

Qu’est-ce qui s’est passé, je ne sens plus rien ni mes jambes, ni mes bras, j’arrive à peine à tourner la tête. Tout est écroulé, je cherche une trace de ma femme et de ma fille, il n’en reste que des lambeaux de chair éparpillés dans les gravats. Je ne réagis même pas, je serai mort dans quelque minutes. Mon dieu, accueille les dans ton paradis et sers les fort contre toi, elles doivent avoir froid maintenant, moi je ne mérite pas ton pardon, je n’ai pas su les protéger.

Eux, ils ont une excuse, ils sont tous devenus fou et je le savais.

Nous, il nous restait encore cinq kilos de riz.


Jean-Roch De Lima

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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