Un chewing-gum sous ta semelle
La misère c'est une fée qui se penche sur ton berceau ;
Ton baptême, un crachat dans la gueule.
La misère c'est la révélation que l'humanité n'est qu'un concept
Et toutes ses valeurs avec : liberté, égalité, fraternité, travail, famille, patrie …
Tous cela n'est que mensonges et crasses.
Le miséreux n'a pas de patrie, pas de famille, pas d'ami, juste de vagues connaissances
Qui datent du temps, où son désespoir faisait marrer tout le monde.
Mais en vieillissant ça ne fait plus rigoler personne, alors on tourne la tête.
Chacun sa merde.
Il n'y a aucune maladie pire que la misère, aucune qui ne soit aussi douloureuse,
Aussi insidieuse. Elle ronge, grignote, jusqu'à la plus petite parcelle de vie, de rêve ou de
Bonheur, que tu avais réussi à dissimuler dans un dernier sursaut.
Et puis il y a la perte de sensation, le goût d'un fruit frais, l'odeur du pain chaud, l'apéro du dimanche. Il ne reste que le gris des super-marchés de dernière zone.
Et puis il y a ceux que tu as contaminés, femme, enfants.
Ceux que tu as entraînés dans ce gouffre sans fond, et d'où tu sais qu'il n'y aura jamais personne pour leur jeter une corde.
Oui, le pire, c'est bien la solitude, terrible, profonde, sans pitié, aucune.
Le sentiment de n'être plus rien, ce qu'en définitif tu es. Au début c'est un peu le goût de la Liberté, mais rapidement ça prend le visage de la mort.
La mort … elle devient une familière, presque une maîtresse. Tu te couches avec elle espérant de toutes tes forces, qu'elle t'accordera ses faveurs pendant la nuit. Mais au matin tu es toujours là, paumé, un peu plus sonné que la veille.
Tu te berces dans la douce sensation, de la vie qui s'écoule, doucement le long de tes poignets au fond d'une baignoire d'eau tiède.
La misère, ça finit par être toute ta vie, ta seule obsession, ton passé, ton présent et ton avenir.
Rien n'a existé et plus rien n'existera.
Je revendique aujourd'hui le droit a l'euthanasie pour moi, et ceux de ma condition, que l'on nous épargne, l'ultime humiliation du suicide ou d'une longue et insupportable agonie.
Que l'on brûle nos cadavres et que l'on en répande les cendres sur la première décharge venue.
Notre salut n'est pas ailleurs.
N'en déplaisent aux religieux, philosophes, socialistes, franc-maçons, penseurs et à tous autres bienfaiteurs de l'humanité…
Cid
L'auteur était grand, les cheveux grisonnant, les yeux bleu vide et un nez digne d'un ptolémée.Comme ça ne parlait de rien je l'ai mis à côté de "Dans ma maison un grand cerf".