Vent de Nord


Il a eu son mai, venant des plaines du centre, portant en tes terres les effluves lourdes des premières semailles.

Il t'a rendu audacieuse, tu as cueilli une fleur des champs et tu l'as portée à tes lèvres...

Juin était frais, sa caresse trop douce, tes joues ont pris des couleurs et même s'il soufflait du nord tu riais à le laisser t'ébouriffer les cheveux. Tu tendais la paume de tes mains au ciel des landes et il jouait à glisser entre tes doigts, espiègle et tendre, laissant au creux de ton ventre comme une brûlante émotion..

Il a redoublé quand est venu juillet, tes voiles sont tombés et il a emporté tes dernières dentelles, portant sur le linge de coton blanc les coquelicots des collines du Périgord..

Il a soufflé dans les chemins creux, se chargeant de parfums secrets et entêtants. Il est passé sur l'océan; ouest-nord ouest mer grossissante sans avis de tempête, volant au passage les odeurs fortes des ports de La Rochelle, te redonnant au regard, petite fille, l'éclat joyeux d'antan.

Il fut d'août et de septembre, berçant tes nuits, ta fenêtre ouverte, emplissant tes rêves, pénétrant tes lèvres entrouvertes et soulevant ta poitrine en gonflant tes seins trop blancs, se retirant en faisant frissonner ta narine.
Mais la terre tourne, basculant doucement dans l'ombre. Tu as été giflée par les premières pluies, mouillant ton visage, la nuit est descendue subitement te volant tes rêves trop jeunes, tu as voilé ton corps et ton sourire s'est effacé..
Nord-nord- ouest. A peine réchauffé aux reliefs encore chauds de l'été il a soufflé encore vers toi, toi te refusant aux averses froides sur tes joues fragiles.
Et pourtant...Il te suffit d'un matin pour le recevoir de nouveau en pleine face, chargé de parfums, troublant ton âme, avalant tes certitudes.

Il t'a encore porté les fruits d'automne, il s'est encore fait chaud, puissant, entassant devant ta porte en couches brunes, rousses et or les feuilles des grands arbres parsemées des pétales délicats des dernières fleurs d'octobre. Elles embaumaient ton coeur , mais leur sort t'a terrifié ... Tu les as brûlées.

Maintenant, il souffle de plus en plus froid, les terres gelées ne lui offrent plus rien à t'apporter, il frappe à ton carreau, qui ne s'ouvre presque plus. Il lui arrive encore de donner du rouge à tes joues, et par un matin frais d'hiver, il peut encore jouer des gouttelettes de buée qui se forment à ton souffle. Mais il s'enfuit en tourbillonnant, désemparé, quand tu refermes ta porte aux frimas de décembre. Les volets fermés protègent ta fenêtre et de lourdes tentures assourdissent sa plainte.

A quoi bon ? l'hiver sera si long...

Le vent du Nord. Nord-nord -Ouest forcissant à l'est, sans avis de tempête, chante une impossible mélodie. Et le feu dans ta cheminée qui crépite, rassurant.
Ton regard et tes pensées s'y diluent, il réchauffe tes mains d'une douceur qui calme tes angoisses.
Et si cela suffisait, tout simplement ?
Nord_nord- est-nord-nor ...nord...
La pluie tombe sur ta terrasse.
Tu te cales un peu plus profond dans ton fauteuil.
Le vent semble souffler moins fort dehors,
les enfants rient dans la chambre d'en bas.
Les fleurs, les chemins creux, s'effacent...

Les tourments aussi ...


Ysab Camari

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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