Périgord.


J'aime ces moments mélancoliques, où au volant de ma voiture, je parcours les paysages aux mille verts de cette élégante Dordogne.
Mon esprit se perd dans un labyrinthe à la torpeur ouatée, des bribes de souvenirs m'effleurent, petits flashs incohérents et sans signification.
Mon regard s'accroche sur d'imprévisibles décors, tableaux de hasards et fils rouges de mes pensées.

Que l'herbe grasse dévale un vallon, ondule et disparaisse à la ligne élancée d'une flèche de peupliers, et je devine le cours d'eau invisible ; Ma mémoire s'envole, et le ruisseau nonchalant existe ; C'est un après-midi paresseux de mon adolescence, je suis adossé au tronc de l'un de ses arbres, je laisse mes yeux glisser au fil de l'eau, cligner aux scintillements du soleil qui s'amuse des irrégularités de l'onde. Il joue de ses clapotis comme de mille miroirs, faisant battre mes paupières, gagnant à chaque coup, je suis un vaincu docile. De temps en temps je quitte le jeu pour suspendre mon attention à l'émergence d'une branche qui révèle la masse sombre d'un arbre noyé. Gardons, sandres ou perches viennent s'y cacher à l'abri de son obscure hospitalité. Comme eux, au pied de mon arbre, je me repose du fil du temps qui coule inexorablement.

Je ne le sais pas encore, mais ce regard sans question contemple un souvenir qui vingt-cinq ans plus tard, renaîtra à la nostalgie d'une route de campagne, bref, éphémère, mais en harmonie avec le ruban gris qui se déroule devant moi, et qui me conduit vers mon éternité.


Ysab Camari

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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