Orage
Le temps est lourd, le ciel d’ardoise. Dans son absence on devine le vent qui va venir ... violent. Les oiseaux s’effacent, la lumière se voile. Il est étrange de se dire que, sans ce qui s’annonce, on trouverait l’instant paisible.
Ai-je pris conscience de la fin ?
Le temps me rattrape, je devine à l’écoute de mes os le mal de demain, je me regarde et je ne me reconnais pas.
Et pourtant celui que j’étais est là, présent à mon esprit, terriblement proche et pourtant devenu à jamais inaccessible.
Je m’aimais, sûrement ... je ne m’aime plus, je me fais de moins en moins sourire, je ne me séduis plus ... j abandonne doucement ...
Est-ce cela que mes anciens me promettaient ?
Cela qui est arrivé sans crier gare.
J’imagine leur regard triste et satisfait : « ah tu vois ! » ...
Je gagne ma banalité, j’endosse le costume que l’on me tend.
J’apprends à être « moins », à passer la main ...
Je ne me plains pas, c’est plus confortable ... alors je laisse faire.
La génération d’avant trébuche chaque jour, mes repères disparaissent les uns après les autres ...
L’hécatombe a commencé qui m’enlève mes amis, mes amours, mon présent, ...
Je monte l’escalier, tête baissée.
Devant moi danse le cul malingre de cette putain de vieillesse ennemie.
Ô rage ...
Ysab Camari
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