Ombres et poussières.


6h30, je franchis la porte de l’appartement, je descends dans l’obscurité les 5 étages du bloc « A ».

Je traverse le parking faiblement éclairé par les premières fenêtres allumées.

Je contourne la carcasse à demie brûlée de la vieille citroën, des Ayouches.

La lueur de l’aube encore faible dilue les formes et les couleurs, je resserre sur mes joues les liens de la cagoule de mon caban.

Ce matin le sol est gelé je vais couper par la « zone verte » encore praticable à cette heure là, je gagne 5 bonnes minutes pour rejoindre la gare R.E.R.

La terre que je foule a été déposée là il y a longtemps par les bulls qui ont creusé les fondations des immeubles, c’est une terre malade, pâle et crevée de morceaux de briques et de béton, il y pousse épars des herbes ingrates aux tiges sèches et aux fleurs agressives. Çà et là pourrissent d’improbables ferrailles abandonnées dont j’essaie par jeu de deviner le nom perdu.

Plus loin un matelas crevé laisse échapper un groupe de rats dérangés par mon passage incongru.

Je rejoins le boulevard de ceinture, trois ados sont assis à l’intérieur d’une B.M.W. noire et fument en me regardant venir, les cendres rougeoient faiblement et n’éclairent déjà plus leurs visages indistincts.

Nos regards se croisent quelques secondes, valeur de salut.

Ils finissent leur nuit et regagneront leurs paliers après avoir fait un sort à la bagnole.

Je traverse la route, passe par l’ancienne zone commerciale abandonnée : quelques boutiques éventrées forment un atrium qui finit doucement de s’écrouler sur lui-même.

Agitée par le courant d’air une plaque de plexi bat contre un pilier en ciment, rythmant ma marche tranquille et pesante dans ce havre d’ombre et de poussière.

Derrière, je le sais, il y aura la zone pavillonnaire, la gare les lumières blanches et le monde, votre monde, va commencer : les voitures, les bus les pas rapides sur le trottoir, le bruit va enfler dans le grondement des rames.

Et puis les visages fermés au regard qui chasse.

Et vous,

Toi

Qui me regardes cherchant dans l’ombre de mon capuchon quelque chose que tu n’y trouveras pas.


Ysab Camari

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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